Stop au stade bashing !

Un climat de suspicion règne sur les débats qui entourent le devenir du stade MATMUT Atlantique. C’est assez insupportable et surtout totalement infondé. A l’heure où la société gestionnaire SBA a décidé d’activer la clause de revoyure pour demander un nouvel équilibre économique dans le contrat qui la lie à Bordeaux Métropole, il me semble important de remettre « le stade au milieu du village » sur ce sujet.

D’abord, nous avons plusieurs raisons d’être fiers de ce stade :

-son coût : l’un des moins cher de France selon la Cour des comptes;

-son esthétique : il est beau, ce qui est rare pour un stade et ce n’est pas subjectif puisqu’il a été primé (plus beau stade du monde en 2015 par le jury site stadium ; prix de la plus belle architecture en 2016) ;

-son très bon état de conservation : il vieillit bien ;

– la qualité de son exploitation :  tous les utilisateurs s’accordent à reconnaître qu’il est très fonctionnel et qu’il offre des conditions d’accueil optimales ;

-il tient ses promesses : 110 matchs, 2 millions de spectateurs en 6 ans, 100 séminaires…

– son impact économique sur le territoire : 209 millions d’euros en 2019 selon la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux.

-enfin, les perspectives pour 2022 et 2023 sont positives, malgré la crise : coupe du monde de Rugby, différents concerts (Mylène Farmer, Soprano… notre stade sera d’ailleurs installé en format « 50 000 spectateurs » pour la première fois !)

Alors arrêtons le stade bashing !

L’argument de la faible fréquentation lors des matchs des Girondins ne me semble pas vraiment recevable : on ne construit pas un stade pour 2, 3 ou 10 saisons mais pour 100 ans.

Je rappelle par ailleurs que la naissance de ce stade a bénéficié d’un large consensus politique tant lors de sa construction (soutenue financièrement par la ville, la CUB, la région et l’État) que lors de son transfert à la Métropole. Certains ont eu la constance d’être toujours contre. 

Néanmoins, il faut avoir la lucidité de le reconnaître : le modèle économique du contrat n’est pas viable à terme. Pourquoi en sommes-nous là ?

D’abord parce que la ville a bien négocié en faisant une (trop ?) bonne affaire. Ensuite, parce que SBA a sous-estimé certains postes de dépenses. Par ailleurs, certaines mutualisations de charges avec les Girondins n’ont pas été effectivement mises en œuvre. Enfin, le naming du stade a été moins lucratif que prévu (même si MATMUT est une partenaire bienveillant dans cette période difficile) et l’UBB ne souhaite plus, pour le moment, revenir jouer au stade.

A noter également l’énorme impact de la crise sanitaire : -89% et -79% de chiffre d’affaires en 2020 et en 2021.

Cette situation est-elle totalement anormale ? Non, je ne le crois pas, car lorsque l’on conclue un contrat pour 30 ans, il y a forcément des inconnues. Il est impossible de prévoir exactement le contexte économique. C’est la raison pour laquelle nous avons prévu une clause de revoyure aujourd’hui activée par SBA.

Enfin, et c’est le plus important : comment sortir de cette situation ?

Pour cela, nous devons répondre à deux questions majeures :

  • La puissance publique doit-elle rester propriétaire de ce stade à la fin du partenariat ?

Je réponds plutôt oui (sans être fermé à une autre hypothèse) car un équipement public de cette nature est en réalité un service public. Par ailleurs, et sans aucune considération idéologique, qui voudrait acheter un outil déficitaire ?

  • Devons-nous accepter de réviser le contrat ?

C’est la demande de SBA. Et je pense que c’est le bon sens, à condition de pas brader les intérêts de la métropole naturellement. Pour résorber le déficit structurel, plusieurs pistes sont à étudier de mon point de vue :

> réviser le périmètre du contrat :

SBA est un partenaire qui fait bien son travail d’exploitant, notamment via son expérience dans la gestion des stades. Il favorise la venue de grandes tournées internationales. S’en priver serait dommageable.

Mais cela n’interdit pas de nouer de nouveaux partenariats :

– – – – – -avec les Girondins d’abord, grâce à un partenariat très privilégié et « gagnant-gagnant » qui viserait notamment à supprimer certaines fonctions supports aujourd’hui en doublons (suivi de la pelouse, commercialisation de la publicité et des espaces d’hospitalité…). Il serait sans doute possible également d’augmenter les recettes commerciales grâce à des ventes de prestations groupées.

– – – – – -avec l’UBB ensuite. La résidence de notre équipe de rugby, c’est Chaban, pas question de remettre cela en cause. Mais, certains matchs complets à Chaban pourraient accueillir plus de supporters au MATMUT. Qui trouverait cela dommage ? Dès lors, et sans jamais rien imposer à l’UBB, je pense qu’il faut favoriser un nouveau dialogue entre l’UBB et SBA afin de trouver une solution commerciale acceptable par les deux parties.

 >réviser l’équilibre du contrat :

C’est le sujet le plus délicat et, une discussion étant amorcée entre la métropole et SBA, je ne rentrerai pas dans les détails pour ne pas affaiblir la métropole. Mais j’ai toute confiance en Alain Anziani pour mener cette discussion à son terme. Je crois que nous n’avons aucun intérêt à ce que SBA dépose le bilan.

Enfin, deux sujets de fond de la responsabilité de la ville et de la métropole doivent être mis en chantier :

– – – – – -d’abord, l’aménagement des abords du stade : je pense qu’il y a du potentiel pour créer une zone d’aménagement économique et sportive pour générer des activités voisines et complémentaires ;

– – – – – -ensuite les accès lors des matchs et évènements : sujet complexe mais tout le monde s’accorde à reconnaître que malgré les moyens consacrés, les circulations du public ne sont pas suffisamment fluides.

Loin des propos d’estrades, voici ma contribution au débat sur le devenir du stade MATMUT Atlantique.

A Bordeaux, la voiture est devenue une ennemie idéologique  

Je n’ai jamais eu envie de passer le permis de conduire. Cela amuse mes amis et surprend mes interlocuteurs. L’idée que la voiture puisse incarner une forme de liberté m’est complètement étrangère. Il sera par conséquent difficile de me présenter comme un défenseur hébété de la bagnole. Pourtant, je constate et déplore la déclaration de guerre contre la voiture lancée par le maire de Bordeaux Pierre Hurmic

Je ne critique pas la limitation de la vitesse à 30 km/h ou bien encore l’instauration d’une Zone à Faibles Émissions (ZFE), deux mesures qui relèvent du bon sens même si la méthode est très discutable. En revanche, je veux dénoncer la multiplication des mesures qui ont uniquement pour but de pourrir la vie des automobilistes : on multiplie les sens uniques sur des axes structurants, on supprime des centaines de places de stationnement dans toute la ville (250 uniquement le long du quai de Queyries), on condamne des rues ou des quartiers entiers…

Officiellement, il s’agit d’apaiser la ville. Officiellement. En réalité, c’est une guerre d’usure purement idéologique que mène le maire de Bordeaux. La veille de son installation en 2020, il déclarait : “L’interdiction de la voiture correspond à une vision de long terme.” Avant de revenir sur cette déclaration face au concert de huées qu’elle provoqua.

Selon lui, “dans les aménagements urbains, 70% de la voirie est consacrée à la voiture, or elle représente 29% des déplacements dans Bordeaux”. La belle affaire : il oublie simplement de préciser qu’elle est aussi plus capacitaire (et protectrice par temps de pluie) puisqu’elle peut transporter plusieurs personnes, contrairement à un vélo. Il n’est donc pas illogique qu’elle occupe plus d’espace que sa part modale dans les déplacements.

Naturellement, je suis très favorable à l’idée de donner plus de place aux piétons et aux déplacements doux dans l’espace public : c’est précisément ce que nous avons fait depuis plus de 20 ans à Bordeaux. Mais j’affirme que la pollution est l’ennemie, pas la voiture.

D’ailleurs, même la voiture électrique ne trouve pas grâce aux yeux du Maire puisqu’il ne propose rien pour encourager sa pratique dans son schéma des mobilités. Il est urgent de mettre en place un véritable réseau de bornes électriques pour anticiper la fin des voitures à moteur thermique, actée au niveau européen à l’horizon 2040.

Enfin, outre son caractère capacitaire et demain non-polluant, le voiture est aussi le seul recours pour les plus fragiles, à commencer par les personnes âgées ou porteuses d’un handicap. Même pour faire quelques kilomètres, certaines personnes n’ont d’autre choix que d’utiliser la voiture. Elles se sentent souvent désemparées quand on leur explique qu’il va falloir prendre le vélo ou le bus…

Peut-on décemment parler de ville « apaisée » lorsqu’on oublie les plus fragiles ?

La voiture est devenue une cible facile, une ennemie idéologique car elle incarnerait la pollution et la dangerosité. Je suis favorable au recul de l’usage de la voiture en ville, à condition d’objectiver sérieusement les mesures prises et de proposer des alternatives crédibles pour que nous puissions continuer à nous déplacer (notamment à faire vivre le commerce de centre-ville). On ne pourra pas transporter les 300 000 passagers supplémentaires en l’horizon 2030 sans nouvelles infrastructures.  Or, le nouveau schéma des mobilités n’en prévoit pas. C’est la congestion qui se profile, avec le risque de saper l’attractivité du centre-ville. Funeste perspective.

Mobilités : Bordeaux se barricade

Mobilités : Bordeaux se barricade

Hier, le maire de Bordeaux a levé le voile sur ses intentions en matière de mobilités, un sujet essentiel pour la vie quotidienne de nos concitoyens, dans une ville qui demeure l’une des plus embouteillées de France.

Deux mesures « phares », pour l’essentiel, retiennent notre attention : une vitesse de circulation abaissée à 30 km/h dans quasiment toute la ville et une légère extension du secteur piéton en centre-ville. Je vais l’écrire sans ambiguïté : sur le principe, je suis favorable à ces deux propositions.  

 

  1. Vitesse à 30km/heure : oui à l’objectif, non à la méthode.

Déployée depuis 2014 (à l’image du quartier Nansouty/Saint-Genès dont j’ai eu la délégation pendant 12 ans), la création de zone 30 km/h supplémentaires faisait partie de la plupart des programmes électoraux présentés en 2020.

Je m’interroge cependant sur la mise en œuvre, avec une forme de précipitation et d’uniformité inquiétante :

-d’une part, une nouvelle fois, le maire fait des annonces sans aucune concertation préalable. Les conseils de quartier seront consultés…après;

-d’autre part, si la vitesse est effectivement abaissée à 30 km/h dans tous les quartiers de Bordeaux au 1er janvier 2022, dans 4 mois (!), il s’agira uniquement d’un remplacement des panneaux. Or, cela ne suffit pas : une zone 30 km/h fonctionne si elle est accompagnée de travaux (création de ralentisseurs, suppression des feux de circulation, rénovation des carrefours…);

Pour mémoire, la ville écologiste de Bègles avait adopté la même méthode radicale…avant de revenir en arrière en rehaussant la vitesse à 50 km/h sur certains axes.

Concernant l’entrée en vigueur de la Zone à Faibles Emissions (ZFE), c’est une obligation légale (et souhaitable) mais qui risque de pénaliser les plus fragiles si nous ne prenons pas les mesures d’accompagnement nécessaires. J’y serai particulièrement attentif.

 

  1. Comment transporter 300 000 personnes supplémentaires par jour d’ici 10 ans ? Pierre Hurmic ne répond pas. 

D’autres mesures éparses viennent encourager la pratique du vélo, de l’auto-partage ou de la marche à pieds. Mais aussi ahurissant que cela paraisse, le maire de Bordeaux ne présente aucun plan d’envergure en faveur des mobilités sur l’ensemble du territoire de la ville.

Je veux là aussi l’écrire sans ambiguïté : je ne remets pas en cause la nécessite de poursuivre les efforts en faveur des modes doux mais jamais ils ne nous permettront de répondre à une question simple : comment transporter 300 000 personnes supplémentaires par jour à l’horizon 2030 ? Pour mémoire, les modes doux sont utilisés essentiellement pour des courtes distances. Ainsi, ils représentent 50% des déplacements mais seulement 10% des km parcours… Or, 57% des habitants de la métropole travaillent à plus de 7 km de leur lieu de vie. 

Il suffit de prendre un plan de Bordeaux pour comprendre l’indigence des annonces d’hier : les deux dorsales urbaines de notre ville sont oubliées.

Rien sur le fleuve qui représente un potentiel extraordinaire, tant pour le transport (propre) de passagers que de marchandises.

Rien sur les boulevards (à l’exception de la pérennisation des couloirs de bus) dont la rénovation devrait constituer le grand projet urbain des années à venir.

Rien non plus sur le Tram, dont certaines extensions aujourd’hui remises en cause permettraient de faire diminuer le nombre de véhicules qui entrent et sortent de Bordeaux, en même temps que la pollution.

Rien sur ce téléphérique actuellement à l’étude qui pourrait déboucher dans Bordeaux, ville classée à l’UNESCO…

Les propositions pour desservir la pleine rive droite sont totalement sous-dimensionnées, alors que sa population va doubler à terme, avec la construction de nouveaux quartiers.

Presque rien non plus pour encourager l’usage de la voiture électrique, et c’est extrêmement révélateur du dogmatisme de la nouvelle équipe municipale : même propre, la voiture est l’ennemi idéologique. 

Enfin, la plupart des mesures annoncées ne sont objectivées. Au-delà des incantations, on ne connaît pas leur impact réel sur la circulation, la pollution ou bien encore la sécurité. 

 

  1. L’idéologie avant l’intérêt général

En réalité, les annonces de Pierre Hurmic concernent pour l’essentiel les déplacements intra-muros, de quartier à quartier, comme si Bordeaux était une île autosuffisante. Ceci est une nouvelle fois révélateur de ce que je dénonce depuis plusieurs mois : une stratégie de repli sur soi avec comme mantra « pour vivre heureux, soyons moins nombreux ». 

L’urbanisme et les mobilités constituent le socle d’une politique territoriale cohérente. Après le coup d’arrêt donné à la construction de logements, force est de constater la pauvreté des ambitions de cette majorité écologiste en matière de mobilités. Dorénavant, on pense nos déplacements futurs à l’aune d’une idéologie politique et non en fonction de l’intérêt général, à partir de données réelles, telle la croissance démographique de notre métropole. A moins que l’objectif ne soit de faire fuir les habitants ? On ne s’y prendrait pas autrement.

Statu quo bordelais

Les élections régionales et départementales parachèvent le cycle ouvert en 2020 avec les élections municipales. À Bordeaux, comme partout en France, le temps de l’analyse est venu.

Je ne reviendrais pas sur le contexte économique, sanitaire ou politique, ni même sur les causes de l’abstention pour me borner à tirer des enseignements locaux.

Je lis sous la plume de nombreux commentateurs et responsables politiques des mots qui me choquent : « large victoire », « 1er parti de France »… Avons-nous déjà oublié que les Françaises et les Français ont boudé cette élection comme jamais, et que cette indifférence est sans doute le plus grand péril qui pèse sur notre République ? Dans une démocratie, les récriminations comme les espoirs doivent s’exprimer dans les urnes sans quoi, la faible représentativité des élus remet en cause la notion même de régime démocratique.

Par ailleurs, je suis toujours aussi sceptique en écoutant les raisonnements de ceux qui analysent le climat municipal bordelais à la lumière des résultats de cette élection. Soyons prudents : ne confondons pas les scrutins, les contextes et les candidats. Mais il n’est pas interdit de faire quelques constats.

Pour ma part, je tire trois leçons bordelaises de cette élection :

-Bordeaux est une ville sociologiquement de gauche. Mais est-ce une révolution ? Depuis 25 ans, aucun Président de la République ou candidat de droite n’a été majoritaire à Bordeaux lors des élections présidentielles.

 
-aux élections régionales, les scores de la droite et du centre sont conformes aux étiages habituels : 60/40. Là encore, pas de révolution. Une vérité que nous devons tous accepter en revanche : on ne fera rien les uns sans les autres, et surtout pas reconquérir Bordeaux en 2026 si des guerres intestines s’organisent. J’ai toujours été un partisan de l’union et je suis renforcé dans cette conviction aujourd’hui. Unis (au 1er tour…), nous gagnons ; divisés, nous perdons.

-aux élections départementales, rien de bien nouveau non plus : 3 cantons à gauche et 2 cantons au centre et à droite. Il faut noter en revanche un rééquilibrage des forces de gauche au profit des écologistes qui existeront durablement, et dont l’entente avec les socialistes est en trompe-l’œil.

En prenant du recul, l’honnêteté impose donc de reconnaître que ces élections confirment un statut quo politique à Bordeaux, dans le droit fil des élections municipales. Un an après notre défaite, les positions de chacun se stabilisent. Pour toutes celles et ceux qui, comme moi, prônent l’alternance, il nous reste 5 années pour rebâtir notre organisation, gagner la bataille des idées, se rassembler et gagner. Au travail.

Une ville à deux vitesses

Pourquoi sommes-nous heureux à Bordeaux ? Le climat est clément, la ville est belle mais l’essentiel n’est pas là. Chez nous, la vie est douce car nous avons la culture du dialogue et du respect de la différence : une forme de concorde bordelaise qui s’est illustrée pendant de nombreuses années par un projet de ville rassembleur. Cette unité était même la condition nécessaire à la métamorphose de Bordeaux.

Ce temps est définitivement révolu. Le projet de mandat de Pierre Hurmic, présenté hier en Conseil Municipal, en atteste tristement.

Si je partage certaines des propositions de la nouvelle municipalité (plan piéton, rénovation des barrières et des boulevards, extension du stationnement résidant en concertation, schéma de la vie du fleuve, création de piscines…), je regrette que le projet du Maire fasse l’apologie de la décroissance : haro sur le rayonnement, haro sur l’attractivité, haro sur le développement économique et démographique.

Pourtant, proximité et attractivité ne s’opposent pas. Par le passé, tout en réalisant des équipements majeurs (cité du vin, stade Matmut, LGV…), 70% du budget d’investissement était consacré aux équipements de proximité (écoles, crèches, lieux culturels, gymnases…); le tout, sans dégrader les finances de la ville comme un récent audit nous l’a confirmé.

Ne s’intéresser qu’a la proximité, qu’a la vie quotidienne, c’est nécessaire, et c’est sans doute très électoraliste, mais cela ne permet pas de dessiner pas un destin commun, de faire société. En réalité, proximité et attractivité sont les « deux jambes » d’une même politique municipale, l’une de va pas sans l’autre.

Par ailleurs, dans ce projet, il y a de grands absents qui sont autant de renoncements dorénavant définitifs : il n’est plus question de vente du grand stade, de moratoire sur la construction des nouveaux quartiers ou de limitation des paquebots de croisières…

Au-delà des mots que contient ce projet, les actes récents du Maire en disent beaucoup plus long :

-volonté d’arrêter toutes les navettes Air France Bordeaux-Paris (200 emplois déjà supprimés) ;

-remise en cause de l’existence même de l’agence de développement économique « Invest in Bordeaux », en pleine crise ;

-absence de soutien et de reconnaissance envers la filière viticole (quasiment absente du projet de mandat débattu en Conseil Municipal…) ;

-refus de soutenir notre club de foot, les Girondins ;

-volonté d’encadrer les loyers, un dispositif que ne fonctionne nulle part ;

-remerciement du Directeur Général de l’Opéra Marc Minkowski et occupation dangereuse du Grand Théâtre, autorisée par la mairie… ;

Ces actes, par touches impressionnistes, dessinent cette vision décliniste et décroissante de la ville avec laquelle je suis en complète opposition. Je pense que Bordeaux doit demeurer attractive et agréable à vivre, pas décroissante et repliée sur elle-même. Or, l’attractivité et le cadre de vie ne s’opposent pas entre eux, ils ne s’opposent pas non plus aux impératifs environnementaux si nous conservons la maîtrise de notre développement.

Une ville qui régresse démographiquement, parce qu’elle ne construit plus assez de logements, est une ville qui régresse tout court.

On ne nourrira pas notre ville en plantant des tomates sur les toits des immeubles de Mériadeck mais en travaillant avec les territoires voisins pour favoriser les (vrais) circuits courts.

En vérité, en lisant ce projet de mandat, j’ai ressenti un profond malaise. Ce n’est pas le projet d’un mandat au service de tous les habitants, c’est le projet d’un camp : 26 500 citoyens qui ont voté pour Pierre Hurmic, contre 150 000 électeurs et 250 000 habitants.

Celui qu’il peut aller au travail en vélo, amener ses enfants à pieds à l’école ou payer en monnaie locale se sentira sans doute concerné par les nouvelles orientations de la municipalité. Mais celui qui devait prendre la navette Air France pour aller à Paris, qui est obligé d’aller travailler en voiture à Mios ou à Blaye, ou bien qui l’aime bien ce grand stade, à celui-là, ce projet ne s’adresse pas.

Rien de grand, rien de fort ne se réalise sans rassemblement, sans unité. Opposer les habitants les uns aux autres, c’est bâtir une ville à deux vitesses, une ville fracturée, et cela est intimement contraire à l’esprit bordelais.

Abandon d’idéal

Il n’est pas exagéré de dire que la dernière campagne municipale s’est jouée sur la place du végétal en ville. En dépit des 46 000 arbres que compte Bordeaux, notre ville est souvent qualifiée de minérale, en raison de son histoire et de son patrimoine préservés des destructions. Pourtant, entre 2001 et 2019, 16 000 arbres ont été plantés. Parmi les projets de plantation majeurs, on retrouve les quais et la promenade Corajoud, les plantations en accompagnement du tramway, les Zac Cœur de Bastide, le parc aux Angéliques, la rénovation du parc Bordelais et du Jardin Public, la création du jardin botanique à la Bastide, le parking du parc floral, le parvis du parc des expositions…

Mais il fallait aller plus loin compte-tenu de l’intérêt stratégique que représente l’arbre dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est pourquoi, en 2019, le Conseil Municipal de Bordeaux a adopté le plan « Canopée » et créé un comité de l’arbre dans le but d’augmenter la proportion de surfaces boisées et de gérer le patrimoine arboré de la Ville en conciliant surveillance, préservation des arbres, diversification de la palette végétale et sécurité des populations.

L’engagement est alors précis et réaliste (car construit avec les services techniques dont c’est le métier) : planter 20 000 arbres d’ici 2025, soit 3000 arbres par an (contre 1000 actuellement) : 1000 arbres au parc aux angéliques, 500 au Grand Parc, 6630 sur Euratlantique, 5650 à Brazza, 1500 à Bastide-Niel, 1200 arbres par an dans le diffus, etc…

Pourtant, à l’époque, les critiques de Pierre Hurmic, élu d’opposition, sont virulentes : nous sommes jugés coupables d’encourager l’artificialisation des sols sans qu’aucun de nos arguments ou projets ne soient réellement entendus. Le candidat écologiste promet de faire mieux que nous.

Aujourd’hui, les masques tombent.

En 2020, Bordeaux Métropole annonce son ambition de planter 100 000 arbres par an pendant 10 ans dans les 28 communes. Une proposition que j’ai votée avec enthousiasme !

Mais, au même moment, le Maire de Bordeaux annonce 1600 arbres plantés dans l’année qui vient…

Comment expliquer un tel manque d’ambition ?

La réponse à cette question sera donnée par son élu en charge de la végétalisation, dans une réponse à la fois sincère et naïve que je vous invite à regarder en vidéo en cliquant sur l’image ci-dessous :

Patrick Papadatto découvre le « plan de charge ». Il a pourtant été élu entre 2008 et 2014. De qui se moque-t-on ?

De révolution il n’est plus question, même dans ce domaine, pourtant si cher aux écologistes. L’ambition n’est décidément pas au rendez-vous.

Même le journal Sud Ouest s’est ému de cet abandon d’idéal, une vérité qui n’est visiblement pas du goût du Maire.

 

Bordeaux, 28 juin – 28 décembre : 6 mois pour rien

Après la victoire surprise de Pierre Hurmic, nous nous attendions tous, soutiens comme adversaires, à vivre une rupture politique profonde. D’une part, car son élection mit fin à 73 ans de continuité municipale à Bordeaux. D’autre part, en raison des 25 années de réflexion et de préparation qu’il passa dans l’opposition. Enfin, car son programme était suffisamment radical pour s’adjoindre le soutien du Parti Communiste ou de Génération.s. 

Nous sommes le 28 décembre, 6 mois se sont écoulés jour pour jour, c’est-à-dire une période suffisante pour se faire un avis, sans qu’il soit pour autant définitif. 

Même en faisant preuve objectivité et en tenant compte de la crise sanitaire que nous traversons, j’entends dorénavant les mêmes doutes et le même constat tout autour de moi : aucun souffle nouveau, aucun projet emblématique et tellement de maladresses… Les Bordelaises et les Bordelais, jusque-là bienveillants pour la plupart, commencent à percevoir la réalité et l’expriment.

Pour ma part, je résumerai ces 6 mois en 3 mots : renoncement, indigence et amateurisme.

Renoncement d’abord, la liste est longue : de vente du stade MATMUT et de démission du Président Longuépée il n’est plus question ; le moratoire sur les nouveaux projets immobiliers est devenu un simple droit d’inventaire sans interruption de travaux ; la promesse « 0 artificialisation des sols » n’est qu’un souvenir puisque le PLU (plan local d’urbanisme) n’a pas changé d’un iota et que 244 permis de construite ont été délivrés depuis l’élection du nouveau Maire ; les indemnités des élus ne « baisseront » que de 10% en cas d’absentéisme ; des décisions se prennent sans concertation (comme la mise en sens unique de la rue de Bègles et du cours de la Somme…) et les Conseils de quartier ne se réunissent plus, même virtuellement.

Bien sûr, quelques actions isolées ont été mises en œuvre comme le guichet unique pour accompagner les TPE ou bien encore la clôture de la concertation légale pour l’aménagement du site de La Jallère (des actions que nous avons d’ailleurs soutenues). La ville est péniblement administrée mais elle n’est pas gouvernée : aucune ambition nouvelle ne s’exprime, aucune vision d’ensemble n’est partagée.

Je suis d’ailleurs frappé par l’indigence et le manque de sérieux dont fait preuve cette nouvelle équipe municipale. Je prendrai 4 exemples emblématiques pour illustrer mon propos :

-Sécurité : pour beaucoup de Bordelaises et de Bordelais, la sécurité est la priorité majeure. Après avoir refusé un Conseil Municipal dédié à cette question, refusé d’étendre la vidéo-protection et refusé un débat sur l’armement de la Police Municipale, le Maire ne nous a toujours pas communiqué la liste exhaustive des mesures concrètes déployées pour garantir la sécurité de tous. D’ailleurs, aucun nouveau poste de policier municipal n’a été créé alors que nous en avions recruté 29 ces dernières années ;

-Végétalisation : alors que « Bordeaux Respire » promettait une véritable révolution végétale, Pierre Hurmic a annoncé la plantation de 1619 arbres seulement dans l’année à venir. Nous en proposions 3000 par an dans le plan canopée adopté en 2019 et la Métropole s’apprête à en planter 100 000 par an ! Manque d’ambition criant, même sur ce sujet pourtant si vert.

-Économie : l’expérimentation du dispositif « 0 chômeur de longue durée », présentée comme une mesure miracle, ne touchera que quelques dizaines (centaines ?) de personnes dans certains quartiers de Bordeaux, une réponse symbolique bien en deçà de l’enjeu. Parallèlement à cela, notre indispensable agence de développement économique « Invest in Bordeaux », malgré un bilan remarquable et salué de tous, est déstabilisée par une réduction budgétaire, au point que son Président décide de démissionner ;

-Immobilier : je me suis déjà longuement exprimé sur le gadget que représente l’encadrement des loyers qui a prouvé son inefficacité à toutes les époques et dans plusieurs villes ;

L’impréparation de la nouvelle équipe explique sans doute l’amateurisme qui entoure l’action municipale depuis 6 mois. Si l’on pense tous à la suppression du sapin de Noël et la polémique qui suivit, cette bourde est loin d’être isolée. Ajoutons : le tweet irrespectueux de Pierre Hurmic en « hommage » à Jacques Chaban-Delmas ; le vote du budget décalé à mars 2021 et des associations privées d’avance sur leur subvention ; des travaux sur le restaurant « Le 4ème mur » qui défigurent le Grand Théâtre; la perte du sommet Afrique-France parti à Montpellier ; dernièrement, la lettre infantilisante du Maire aux habitants de plus de 60 ans a provoqué un véritable tollé…

Comme je le disais plus haut, les Bordelaises et les Bordelais commencent à percevoir cette situation et plus encore le style du nouveau Maire, provocateur, agressif parfois, maladroit systématiquement et plus à l’aise pour nous dire ce qu’il ne va pas faire que ce qu’il va faire.

Face à cette insatisfaction montante, la crise sanitaire est une justification récurrente dans la bouche du Maire. Il y a une part de vérité mais il force le trait. Bientôt, il expliquera, malgré les évidences, que la situation financière de la ville est mauvaise. Bref, ce n’est jamais sa faute. Pourtant, les faits sont têtus : récemment, jamais un Maire de Bordeaux n’a eu autant de pouvoir. Mairie, Métropole (sans cogestion), Département et Région : Pierre Hurmic et ses amis ont tous les leviers.

Ce bilan à 6 mois, ce sont les acteurs de la ville, dont certains soutenaient Pierre Hurmic, qui en parlent le mieux :  le collectif Trans’Cub se sent trahie par la nouvelle équipe municipale et métropolitaine ; Philippe Barre, patron de Darwin dénonce des promesses non tenues de la part de Pierre Hurmic, notamment en matière d’urbanisme ; les Ultra pestent contre « l’absence totale de fiabilité et de cohérence » de la Mairie au sujet des Girondins…

Certains me trouveront sans doute trop sévère. Croyez bien que j’espère me tromper, je suis cependant très inquiet pour le devenir de notre ville. Petit à petit, et de manière presque indolore, cette nouvelle gouvernance municipale a une conséquence majeure : notre ville se replie sur elle-même, gouvernée par une idéologie qui promeut la décroissance et l’isolement. Cette trajectoire est celle du déclin, et elle est profondément contraire à l’histoire et à l’âme de Bordeaux.

Bordeaux : pour une ambition culturelle renouvelée

Vœu proposé par le groupe « Bordeaux Ensemble » à l’attention de l’ensemble des groupes du Conseil Municipal de la ville de Bordeaux

Pour une ambition culturelle renouvelée

Du poète Ausone jusqu’à François Mauriac, en passant par Montaigne et Montesquieu, SIGMA et la création du CAPC, le lien entre Bordeaux et la création artistique est intime. Depuis 10 ans, le visage culturel de Bordeaux s’est beaucoup transformé : notre ville est aujourd’hui identifiée pour son offre culturelle et son patrimoine reconnu par l’UNESCO.

Premier ou deuxième budget de la ville suivant les exercices, la culture occupe une place remarquable parce qu’elle se trouve au carrefour des développements économique, social, éducatif et citoyen. Elle est un ingrédient indispensable à l’épanouissement de chaque Bordelaise et de chaque Bordelais. La culture participe également pleinement à la création de richesse, au développement économique et au rayonnement international de Bordeaux.

De nouveaux lieux, publics ou privés, ont été ouverts ou réouverts au public dans les quartiers bordelais : l’auditorium, les Archives, la bibliothèque de Caudéran, le Museum, la salle des fêtes du Grand Parc, l’Annexe B, les Bassins de Lumières, POLA, Darwin, l’Institut Magrez, le CDCN la Manufacture… D’autres sont en projet : la rénovation de la RockSchool, de l’école du cirque, du musée d’Aquitaine et du MADD…etc…

Entre 2014 et 2020, malgré la crise sanitaire et grâce à l’ouverture des Bassins de lumières notamment, le public qui fréquente les lieux municipaux a doublé pour bientôt atteindre le million de visiteurs.

Des évènements sont nés (la saison culturelle, le FAB…), des lieux ont été labélisés, des compagnies et collectifs se sont créés…autant d’indicateurs positifs qui révèlent la vivacité du terreau artistique bordelais et métropolitain.

Pour autant, les graves crises que la France et le monde traversent nous obligent à aller plus loin. L’élection d’une nouvelle majorité municipale légitime également l’établissement d’une nouvelle feuille de route culturelle.

A cela s’ajoute une crise sanitaire inédite. C’est peu dire que le monde culturel traverse une immense épreuve. Rarement les difficultés auront été aussi nombreuses et concomitantes : fermeture des lieux, disparition des recettes, impossibilité de voyager, de diffuser et parfois de créer, manque criant de visibilité dans le temps et, peut-être est-ce le plus grave, une société profondément fracturée qui rend l’acte de création infiniment plus complexe.

Pour relever ce défi, notre groupe souhaite tout d’abord proposer une convention citoyenne pour la culture et le patrimoine afin d’associer les Bordelaises et les Bordelais, pas seulement les artistes et les associations, à la définition d’une nouvelle feuille de route culturelle.

Nous souhaitons également proposer plusieurs orientations :

  • A court terme, pour faire face à la crise :

-garantir la survie financière de toutes les associations grâce au nouveau fonds d’urgence ;

créer une Commission de l’Urgence Culturelle qui pourrait prendre la mesure réelle et chiffrée des dégâts causés par la crise sanitaire, proposer des mesures d’urgence et en assurer le suivi ;

-bâtir un plan de soutien à la relance de l’activité culturelle tout au long de l’année 2021;

-créer un “pass culture” bordelais pour soutenir les lieux et les artistes ;

-anticiper un nouveau confinement avec l’établissement d’un protocole strict, en lien avec l’Etat, pour éviter une fermeture sèche de tous les lieux ;

 

  • A moyen et long terme, pour aller plus loin :

– se doter d’une nouvelle « feuille de route » débattu en Conseil Municipal, capable de projeter la Ville de Bordeaux à l’aune de ces nouveaux défis, en concertation avec les artistes et les citoyens ;

rendre la culture toujours plus accessible et s’engager pour les droits culturels. Quelques exemples de projets que nous proposons : créer un orchestre d’enfants par quartier, un 2d dimanche gratuit dans les musées, proposer à 100% des enfants bordelais une action d’éducation artistique et culturelle (75% actuellement), créer un service municipal de médiation présent dans tous les quartiers…

-améliorer la condition des artistes et des auteurs dans notre ville en soutenant la création. Quelques exemples de projets que nous proposons : créer une maison des artistes-auteurs, pérenniser et augmenter le fonds d’aide à la création et à l’innovation, créer de nouveaux logements-ateliers d’artistes…

-renforcer nos institutions et valoriser notre patrimoine. Quelques exemples de projets que nous proposons : faire du musée d’Aquitaine un véritable « musée-monde », engager un nouveau plan de rénovation du patrimoine bordelais, rénover l’EBABX et le MADD, écrire une nouvelle page de l’histoire du CAPC…

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C’est du dialogue entre l’impulsion politique et la totale liberté de création laissée aux acteurs que naît la politique culturelle. Avec ces propositions, non-exhaustives et amendables, concertées avec des associations et des artistes, nous souhaitons manifester notre intention de soutenir une ambition culturelle renouvelée.