Regarder devant

L’été est pour moi un moment de repos suspendu « hors du temps » dont j’espère que vous avez tous pleinement profité. Cette année, la pause estivale fut particulièrement salvatrice pour moi. Après cette élection au calendrier unique dans l’histoire politique, la gestion de la crise COVID-19 et pour finir la défaite, j’avais besoin de repos.

Faible participation, « vague » verte, crise sanitaire, candidature LREM au 1er tour et alliance ratée entre les deux tours, les erreurs que nous avons commises…etc… Bref, à posteriori les raisons de la défaite sont nombreuses et connues, elles forment un « cocktail » dans lequel chaque ingrédient pèse plus ou moins, selon les analyses et les analystes, mais le résultat est le même. Je crois avoir analysé toutes ces raisons, sans pour autant qu’il soit nécessaire d’y revenir sans cesse. Dorénavant, il faut regarder devant.

J’aborde cette rentrée avec sérénité et fort d’une énergie retrouvée. J’ai mis à profit les moments de repos pour penser à l’avenir, plus ou moins lointain, et plus particulièrement à ce qu’il convenait d’organiser pour réussir ce nouveau mandat dans l’opposition. Et bien sur, j’aurai besoin de vous, nous allons prendre le temps de nous organiser dans les mois qui viennent.

Durant 6 ans, je compte jouer pleinement mon rôle de Conseiller Municipal et Métropolitain de Bordeaux pour faire entendre la voix des électeurs qui nous ont fait confiance. Je siégerai dans l’opposition mais je souhaite porter une parole constructive et collective. Ma nature modérée perdure.

Il convient tout d’abord de faire un constat : malgré le contexte singulier qui a porté Pierre Hurmic à la Mairie, il est légitime. Nous devons accepter l’alternance si nous voulons être une alternative en 2026.

Bien évidemment, les premiers pas de la nouvelle équipe me laissent pantois… Mais le temps de la critique n’est pas complètement venu. Cependant, trois tendances m’interpellent particulièrement :

-en France d’abord, la naissance d’une « pensée unique verte », contre laquelle il serait impossible d’aller au motif que la sauvegarde de la planète ne se discute pas. De mon point de vue, cela représente un rétrécissement de la pensée que je n’accepterai jamais. Car, si la préservation de l’environnement est un objectif qui doit faire consensus, il n’est pas le seul et les solutions pour y parvenir relèvent pleinement du débat public au sein duquel le pluralisme politique doit s’exprimer ;

-à Bordeaux ensuite, le renforcement d’une fracture territoriale et sociale entre les personnes et les quartiers, amplifiée par la faible participation aux élections municipales. Je m’inquiète de constater que ni les classes et quartiers populaires, d’habitude prompts à voter à gauche, ni les catégories sociales les plus aisées ne se reconnaissent dans l’écologisme municipal. La partie « médiane » de la population peut-elle décider contre le reste de la ville ? Gouverner, c’est d’abord savoir rassembler.

-enfin, je note que sur de nombreux sujets, Pierre Hurmic est rattrapé par la réalité, si bien que ses promesses de campagne semblent éloignées de ses premiers actes : le retour des arbres en pots tant critiqué par le candidat Pierre Hurmic en 2019, une surprenante coupe d’arbres au Grand Parc, les inquiétudes de Darwin, la progression de l’insécurité…

Deux sujets majeurs doivent faire l’objet d’un débat de fond en cette rentrée : d’une part la mise en œuvre concrète des mesures de soutien à notre économie locale en grande difficulté face à la crise et d’autre part la dégradation continue du contexte sécuritaire à Bordeaux. Sur ce dernier point, comme l’a proposé mon collègue Thomas Cazenave, je réclame la tenue d’un Conseil Municipal exceptionnel.

Je vous souhaite une bonne reprise à toutes et tous !

Ne pas se tromper d’élection

Avec une participation en forte hausse, les élections européennes ont confirmé l’éclosion d’un nouveau clivage politique entre les progressistes et les populistes, non seulement en France, mais quasiment dans tous les pays européens. Au pouvoir depuis 50 ans, les partis traditionnels sont décomposés, réduits à leur base militante et donc incapables de rassembler.

En France, et singulièrement à Bordeaux, le très bon score de la liste « Renaissance », que j’ai soutenue aux côtés des forces vives du MoDem Gironde et de nombreux élus bordelais, est d’abord une victoire de la majorité présidentielle. Notre alliance constitue aujourd’hui la seule alternative unie face au Rassemblement National. Ceci est un fait et non la conséquence d’une quelconque stratégie.

Pour nous centristes qui dénonçons le caractère stérile de l’opposition droite-gauche, pour nous centristes qui défendons l’Europe depuis sa fondation, cette situation nouvelle est totalement en phase avec nos convictions les plus profondes.

Dorénavant, le groupe des progressistes européens constitué au parlement européen est incontournable. Il doit bâtir l’Europe qui protègera l’humain et la planète.

Tous les regards se tournent maintenant vers les élections municipales. Dans la précipitation, beaucoup d’observateurs commettent une erreur majeure en voulant transposer les résultats de l’élection la plus internationale sur l’élection la plus locale. Bien que ces deux scrutins se succèdent étrangement cette année, ils obéissent à des ressorts très différents. J’en veux pour preuve le récent sondage municipal réalisé à Bordeaux et le résultat des élections européennes dans cette même commune. Les citoyens font la distinction entre le local et le national.

L’idée de constituer des listes exclusivement composées de représentants de la majorité présidentielle face à des listes d’opposition à cette même majorité n’a pas de sens dans la tête des électeurs. Il s’agit de deux élections différentes. C’est ainsi qu’Alain Juppé, battu aux législatives de 2007, a été réélu triomphalement huit mois plus tard dans son fauteuil de Maire.

On me demande souvent quelle sera la position du MoDem en Gironde et à Bordeaux en mars 2020. Si j’ai appris une chose avec François Bayrou, c’est qu’à nous centristes, personne ne nous dicte notre conduite. Ainsi, LREM est notre partenaire national, les républicains modérés sont nos partenaires locaux, mais aucun n’est notre partenaire exclusif. Et c’est précisément notre force dans les mois à venir ! Car, alliés de la droite modérée en Gironde et de LREM au sein de la majorité présidentielle, nous sommes un trait d’union capable d’aider à former de nouvelles majorités, à condition de bien comprendre ce qui se joue lors de ce scrutin local : les personnes, les bilans et les projets seront plus importants que les étiquettes partisanes. Aujourd’hui plus qu’hier les projets locaux peuvent transcender les clivages.

Représentant légitime de la majorité présidentielle à Bordeaux, renforcé par le très bon score de la liste « Renaissance », je vais œuvrer pour que naisse dans les semaines qui viennent un large rassemblement, à l’échelle métropolitaine, fondé sur un projet porté par la droite modérée jusqu’à LREM en passant par toutes les composantes centristes. Je suis convaincu que les Bordelaises et les Bordelais aspirent à ce rassemblement, dans la continuité du bilan d’Alain Juppé et résolument tourné vers l’avenir.

Perspectives culturelles

En 2019, la municipalité consacrera 73, 845 millions d’euros pour la Culture et le Patrimoine (soit environ 300€/habitant). 200 associations sont aidées chaque année par la ville. Un sondage IFOP réalisé en 2018 place la culture en tête des perceptions positives chez les bordelais avec 81% d’indice de satisfaction.
Alors qu’Alain Juppé présentait aujourd’hui ses vœux à la presse, il est revenu sur plusieurs dossiers culturels que je développe dans ce billet, entre bilan et perspectives.

> 2018…

En 2018, environ 628 000 visiteurs se sont rendus dans les lieux culturels municipaux. A périmètre constant, la fréquentation est en hausse de 4,5% entre 2017 et 2018. Cette année a été marquée notamment par le succès de trois expositions en particulier : « Martin Szekely » au Musée des arts décoratifs et du design (prolongée), l’exposition « Légendes urbaine » à la base sous-marine mettant en lumière un quart de siècle d’art urbain et l’exposition « Jack London » et les mers du Sud au Musée d’Aquitaine.

La salle des fêtes du Grand Parc a rouvert ses portes en juin 2018 : elle a accueilli depuis son inauguration 47 manifestations qui représentent 13 500 personnes accueillies. Alors que les scénarii d’occupation les plus optimistes tablaient sur 60 à 70 événements accueillis durant la première année, ce sont au final 130 événements qui auront été organisés ou accueillis d’ici le 30 juin 2019.

L’année 2018 a aussi permis de mener à bien la procédure d’attribution de la DSP pour les alvéoles 1 à 5 de la Base Sous-Marine et c’est CulturEspaces. L’année 2019 sera consacrée à des travaux permettant d’inaugurer le lieu avec la première exposition numérique immersive à l’été 2020. En parallèle, l’annexe de la Base sous-marine (en gestion municipale) a confirmé son succès grand public, avec une fréquentation en nette hausse à 108 000 visiteurs.

> 2019

Pour bien démarrer l’année et répondre aux nouvelles pratiques des habitants, la bibliothèque de Bordeaux Mériadeck est ouverte le dimanche à partir du 13 janvier et jusqu’au printemps. C’était une promesse de campagne qui est tenue !

Saison « Liberté ! Bordeaux 2019 “.  L’ensemble des opérateurs culturels du territoire et les services culturels de la ville sont d’ores et déjà au travail afin de proposer une programmation estivale dense, ambitieuse artistiquement et destinée à tous les publics : « Liberté ! Bordeaux 2019 » qui se déroulera du 20 juin au 20 août 2019, avec un week-end inaugural partagé avec une Fête du fleuve revisitée et comme événement de clôture les dernières dates de tournée du théâtre équestre Zingaro (place des Quinconces). Quelques cartes blanches seront confiées à des artistes ou commissaires majeurs et inscrits dans de nombreux partenariats à l’échelle du territoire bordelais et national, José Manuel Gonçalvès (Directeur du 104), le collectif d’architectes « Yes we camp » qui bâtira un projet participatif à l’échelle d’Euratlantique ou encore l’artiste Gonzalo Borondo, à qui sera confié le Temple des Chartrons.

Poursuite de la livraison de nouveaux équipements. L’année à venir sera caractérisée par un grand nombre d’ouverture de nouveaux équipements/lieux :

-le muséum d’histoire naturelle sera inauguré le 30 mars ;
-les salles XX et XXIème du musée d’Aquitaine bouclant le parcours permanent à travers 600.000 ans d’histoire doivent également ouvrir dans le courant du mois de mars ;
-la bibliothèque de Caudéran ouvrira en juin 2019 ;
-Pola dont les activités enfin stabilisées rive droite aux entrepôts Pargade seront dévoilées au public progressivement et notamment à l’occasion de la prochaine saison culturelle « Liberté ! Bordeaux 2019 » à l’été 2019 ;

Des futurs travaux. L’effort de la ville en faveur des lieux culturels va se poursuivre entre 2018 et 2022. Quelques exemples :

-2019 sera ainsi une année de préparation du vaste chantier qui s’ouvre au Musée des arts décoratifs et du design afin d’en faire un lieu unique dédié au design à l’échelle nationale, via des travaux d’ampleur dans le bâtiment des anciennes prisons, rendus possibles par le mécénat exceptionnel du Château Haut-Bailly pour un montant de 2 millions d’euros.
-école du cirque : poursuite des études d’implantation de l’Ecole du Cirque sur son nouvel emplacement aux Aubiers
-Rock School Barbey : fin des études concernant la rénovation et l’extension des locaux de la Rock School pour démarrer une première phase de travaux ;
-pôle culturel Joliot Curie : dans le cadre du projet de rénovation urbaine de la Benauge, les études démarrent pour la construction d’un pôle culturel, à l’horizon 2025, élément central de la vie du futur quartier ;

L’Opéra national de Bordeaux renouvelle le contrat de son Directeur Général, Marc Minkowski, pour 3 ans à partir de septembre 2019. Sous son impulsion, cette maison propose une saison exceptionnelle, foisonnante et plurielle où de nombreux artistes d’envergure internationale sont présents, tels Angelin Preljocaj en ouverture avec son célèbre ballet « Blanche neige ».

La réflexion sur le devenir du CAPC, visant à réaffirmer la singularité de cet équipement qui restera bien sûr dédié à l’art contemporain et à la création, est terminée. Le recrutement de la direction sera lancé dès ce début d’année 2019 avec une note d’orientation prochainement rendue publique.

Enfin, plusieurs partenariats ambitieux, préparés en 2018, trouveront aussi leur application concrète en 2019 :

-le premier appel à projet commun portant sur des projets de création sur des formats innovants, entre Bordeaux Métropole, la Ville de Bordeaux et le Centre national de la cinématographie (CNC) a été lancé fin 2018 pour une sélection des lauréats en mars ;
-un partenariat avec le musée du Louvre, en lien avec le musée des beaux-arts de Bordeaux et le musée des arts décoratifs et du design, permettra de présenter l’une des grandes expositions de la Saison « Liberté ! Bordeaux2019 » dans la Galerie des Beaux Arts, autour de nombreux chefs d’œuvre nationaux ;
-le partenariat avec la Fondation Gandur trouvera aussi sa première expression au travers de l’exposition « Histoire de l’art cherche personnages… » présentée au CAPC ;
-le Centre international de la Bande Dessinée et de l’image d’Angoulême est un autre partenaire essentiel de cette exposition, en écho avec le travail de renforcement des liens Bordeaux/Angoulême ;
-le musée d’Aquitaine a enfin proposé de s’associer avec le musée du Quai Branly afin de mener des collaborations scientifiques et nourrir les expositions présentées dans ses murs ;

Une nouvelle fois : bonne année 2019 à tous !

Michel de Montaigne au Musée d’Aquitaine ?

“Cette année 1592 mourut Michel seigneur de Montaigne agé de 59 ans ans et demy à Montaigne. Son cœur fut mit dans l’église Saint Michel et Françoise de La Chasagne dame de Montaigne sa vefve fit porter son corps à Bourdeaux et le fit enterrer an l’église des Feuillans où elle luy fit faire un tombeau eslevé et acheta pour cela la fondation de l’esglise “

Ephemeris historica, Livre de raison de Montaigne, 16e s., Michael Beuther, Michel Fézandat et Robert Granjon impr. (Paris)

Michel de Montaigne est sans doute le personnage français le plus universel, et le bordelais le plus illustre. Récemment, les équipes du Musée d’Aquitaine ont découvert un tombeau dans les sous-sols du musée contenant un cercueil en bois avec une plaque en cuivre doré portant le nom de Michel de Montaigne ainsi que la présence de restes humains. Afin de vérifier s’il s’agit bien du caveau du philosophe, Alain Juppé, Maire de Bordeaux et Président de Bordeaux Métropole, a annoncé ce vendredi 16 novembre le lancement de recherches archéologiques et anthropologiques majeures.

Que savons-nous de ce caveau et des multiples translations des restes de Montaigne ?

– Michel de Montaigne est décède en 1592 en son château de Saint Michel de Montaigne ;

– En 1593, le cercueil est installé dans la chapelle du couvent des Feuillants à Bordeaux, à l’emplacement du musée d’Aquitaine ;

– En 1603 le cénotaphe et le cercueil sont installés dans l’église rénovée des Feuillants ;

– En 1802, le couvent des Feuillants est remplacé par le lycée ; le cénotaphe et le cercueil sont alors installés dans la chapelle du lycée, qui est incendiée en 1871 ;

– Les restes de Montaigne sont provisoirement transportés au dépositoire du cimetière de la Chartreuse ;

– En 1886, les restes sont une nouvelle fois déplacés dans la nouvelle faculté des lettres et des sciences dont on achève la construction, à l’emplacement de l’ancien couvent des Feuillants. Le tombeau réalisé par l’architecte Charles Durand pour le compte de la Ville de Bordeaux est alors placé presque à l’aplomb du cénotaphe, qui lui-même est installé dans le hall de la faculté ;

Depuis cette date, le tombeau n’a jamais été ouvert et la mémoire de la présence du corps de Michel de Montaigne s’est progressivement estompée… Lors de l’inauguration de la restauration du cénotaphe de Michel de Montaigne en mars 2018, j’ai pu constater que les scientifiques présents n’avaient plus idée de la localisation de ses restes.

Quelles sont là où les personnes qui sont inhumées dans ce tombeau ? S’agit-il de Michel de Montaigne ? Est-ce que le faisceau d’indices relatifs au tombeau de Michel de Montaigne seront confirmés ou infirmés ?

Pour répondre à ces questions, Montaigne lui-même nous a montré la voie dans ses célèbres Essais (III,,XIII De l’expérience) : « Il n’est de désir plus naturel que le désir de connaissance. Nous essayons tous les moyens qui nous y peuvent mener. Quand la raison nous manque, nous y employons l’expérience qui est un moyen plus faible et moins digne ; mais la vérité est chose si grande, que nous ne devons dédaigner aucune entremise qui nous y conduise. » Le Musée d’Aquitaine va mener à bien des recherches archéologiques en ne négligeant rien afin de mieux comprendre l’origine de ce tombeau.

Il est trop tôt pour dire si nous avons effectivement redécouvert les restes de Michel de Montaigne. Mais cette investigation permettra de connaître l’histoire du site et de ses différents occupants (couvent des Antonins, couvent des Feuillants, section révolutionnaire Michel de Montaigne, lycée, université, siège de la communauté d’agglomération et musée). La permanence de Michel de Montaigne est une véritable épine dorsale historique et symbolique de ce lieu durant plus de 400 ans. Ses différents habitants avec des usages et des fonctions très diverses (religieux, révolutionnaires, universitaires, conservateurs de musée) se revendiquent de Montaigne comme humaniste, comme progressiste, comme modéré, comme penseur, comme écrivain, comme un homme dans la pensée et l’action sont sans cesse d’actualité.

Ces recherches nous permettront aussi de renforcer le projet scientifique du musée d’Aquitaine traitant de sujets de société en s’appuyant sur ses collections (une des plus riches collections de France avec plus d’un million trois cent mille pièces), la prochaine étape étant l’ouverture des espaces consacrés à l’histoire du XXe et du XXIe siècle de Bordeaux et de l’Aquitaine en mars 2019. Le musée d’Aquitaine est le premier musée en terme de fréquentation de la région Nouvelle-Aquitaine, 143 000 visiteurs en 2017.

Montaigne à Bordeaux. Il faut souligner que ce nouveau chantier vient s’ajouter aux nombreuses actions que la ville de Bordeaux a initiées pour honorer et faire perdurer la mémoire de Michel de Montaigne. Ainsi, le prix littéraire Montaigne récompense chaque année un écrivain exprimant pour notre temps l’humanisme et l’attachement à la liberté de l’esprit. La restauration du cénotaphe de Michel de Montaigne s’est achevée en mars 2018 et la bibliothèque municipale porte le projet de le classement à l’Unesco de l’exemplaire des Essais de Montaigne, manuscrit annoté de la main de Montaigne.

Conférence de presse de rentrée d’Alain Juppé : le point sur la politique culturelle

L’offre culturelle bordelaise est le fruit d’un alliage exceptionnel entre patrimoine, rénovation urbaine et nouvelle dynamique culturelle. Elle est aujourd’hui caractérisée par une forte vitalité, révélant un véritable « laboratoire culturel bordelais » fondé sur l’ouverture de nouveaux lieux. Nos concitoyens, interrogés par un sondage IFOP en mai dernier ne s’y trompent pas en plaçant la culture (l’offre culturelle et les grands événements culturels) en tête de leur perception des politiques municipales avec respectivement 81 et 82% de d’indice de satisfaction. Ce très beau résultat est le fruit d’un travail passionné conduit par l’ensemble des artistes, associations et lieux du territoire.

En 2018, 82 actions du Document d’Orientation Culturelle (DOC) sont réalisées et 26 actions en cours (sur un total de 111 actions répertoriées).

> Bilan

Le bilan estival 2018 se clôt sur une forte fréquentation dans les établissements culturels municipaux : 122 470 visiteurs en juin/juillet/août (contre 116 250 en 2017), marqué notamment par le succès des trois expositions en particulier : « Martin Szekely » au Musée des arts décoratifs et du design (prolongée), l’exposition « Légendes urbaine » à la base sous-marine mettant en lumière un quart de siècle d’art urbain et l’exposition « Jack London » et les mers du Sud au Musée d’Aquitaine. Les opérateurs culturels du territoire, en particulier les festivals de musique n’ont pas été en reste, proposant un nombre de dates diversifié et dans des lieux nouveaux ou connus, tels Bordeaux Open Air, l’Orangeade ou encore Relâche.

Premier d’une liste importante de nouveaux lieux culturels municipaux à ouvrir dans les mois qui viennent, la salle des fêtes du grand parc a rouvert ses portes en juin, dans une logique de co-construction de la programmation avec le quartier. Parmi les nouveaux équiepements, citons également l’installation très réussie du centre de développement chorégraphique national à la Manufacture.

Enfin, en attendant l’ouverture de la bibliothèque de Caudéran au printemps 2019, en vous avez souhaité que la bibliothèque Mériadeck ouvre ses portes certains dimanches, la concertation avec les personnels se poursuit (objectif : janvier 2019).

>Perspectives

L’année à venir sera en effet caractérisée par un grand nombre d’ouverture de nouveaux équipements municipaux ou soutenus par la ville :

-la bibliothèque de Caudéran précédemment citée ;

-le muséum d’histoire naturelle hélas frappé par les intempéries de mai dernier dont l’ouverture se déroulera au printemps prochain ;

-les salles XXIème du musée d’Aquitaine (janvier 2019) bouclant le parcours permanent à travers 600.000 ans d’histoire ;

Pola dont les activités enfin stabilisées rive droite aux entrepôts Pargade seront dévoilées au public à l’occasion de la prochaine saison culturelle à l’été 2019 ;

En effet, l’ensemble des opérateurs culturels du territoire et les services culturels de la ville sont d’ores et déjà au travail afin de proposer une programmation estivale dense, ambitieuse artistiquement et destinée à tous les publics : « Liberté ! Bordeaux 2019 » qui se déroulera du 15 juin au 15 août 2018, avec un week-end inaugural partagé avec une Fête du fleuve revisitée et comme événement de clôture les dernières dates de tournée du théâtre équestre Zingaro (place des Quinconces). Quelques cartes blanches sont confiées à des artistes ou commissaires majeurs tels Raphaël Pichon (ensemble baroque Pygmalion) ou José Manuel Gonçalvès (Directeur du 104).

Le travail de développement ou de consolidation des équipements culturels municipaux se poursuit également via la réflexion en cours lancée autour du CAPC, visant à réaffirmer la singularité de cet équipement qui restera bien sûr dédié à l’art contemporain et à la création (lancement du recrutement à l’automne, après la phase de réflexion collective actuellement en cours) ou encore avec le vaste chantier qui s’ouvre au Musée des arts décoratifs et du design afin d’en faire un lieu unique dédié au design à l’échelle nationale, via des travaux d’ampleur dans le bâtiment des anciennes prisons, rendus possibles par le mécénat exceptionnel du Château Haut-Bailly pour un montant de 2 millions d’euros (confirmé). Plusieurs partenariats ambitieux avec des institutions nationales sont également en cours de consolidation : la Cité Internationale de la BD ou encore le Centre national de la Cinématographie (CNC) avec lequel une convention tripartite ville-métropole-Etat sera délibérée au prochain Conseil Municipal.

Le prochain conseil municipal sera également l’occasion de présenter l’ambitieux projet de DSP à la base sous-marine mettant en œuvre un projet unique de valorisation patrimoniale à travers les arts numériques, dédié à un large public et présenté en articulation avec la programmation d’exposition de l’annexe de la base-marine qui se poursuit avec beaucoup de succès comme évoqué précédemment.

L’éducation artistique et culturelle continuera par ailleurs d’être une priorité de la ville de Bordeaux, en lien notamment avec le développement d’un programme de chant choral porté par le conservatoire dans les écoles, en partenariat avec le rectorat, outre la finalisation du projet Demos piloté par l’Opéra national de Bordeaux qui ouvre une saison exceptionnelle, foisonnante et plurielle où de nombreux artistes d’envergure internationale seront présents, tels Angelin Preljocaj qui ouvre la saison avec son célèbre ballet « Blanche neige ».

Entre 2018 et 2022, la ville poursuivra ses efforts en faveur des établissements culturels et du patrimoine puisque 57 millions seront dédiés à la culture dans notre plan pluriannuel d’investissements.

Création des “Classes Artistiques” à Bordeaux

En 2014, le Conservatoire à Rayonnement Régional Jacques Thibaud s’est fortement engagé dans la réforme des rythmes scolaires et la mise en place des Nouvelles activités Péri-éducatives (NAP). Pendant ces 4 années, l’offre d’éducation artistique et culturelle (EAC) a permis de sensibiliser environ 500 enfants de CP ou CE1 d’une quinzaine d’écoles, en partenariat avec 7 centres d’animations. A partir de 2018, après l’annonce du retour à la semaine de 4 jours, la ville de Bordeaux a souhaité aller plus loin en proposant un nouveau projet ambitieux et unique en France : les “Classes Artistiques”.

 

Qu’est-ce qu’une classe artistique ?

C’est un “séjour” au conservatoire Jacques Thibault sur le même principe que les classes vertes (découverte de la nature par un séjour à la campagne). Une classe avec le professeur des écoles et 2 accompagnateurs sera au conservatoire le lundi, mardi, jeudi et vendredi sur les horaires de classe.

Journée type :

  • 8h20- 8h30 Accueil à l’école
  • Trajet entre l’école et le conservatoire (tram, bus, à pied…)
  • 8h45 – 9h Accueil au conservatoire
  • 9h -11h30 Temps d’activité du matin
  • 12h – 13h30 Déjeuner
  • 13h30 – 16h Temps d’activité après-midi
  • 16h – 16h30 Retour à l’école (tram, bus, à pied…)

Chaque séjour sera animé par une équipe composée de 3 Musiciens Intervenants et un professeur de Danse pour un travail centré sur les trois fondamentaux du Parcours d’Education Artistique et Culturelle :

Rencontrer :

  • Un lieu culturel
  • Des artistes
  • Des œuvres
  • Des disciplines artistiques
  • Des styles

Pratiquer :

  • Le chant
  • La création (ou l’improvisation)
  • La danse
  • Des gestes instrumentaux
  • La prise de son

Acquérir des connaissances :

  • Sur la voix
  • Sur l’organologie
  • Sur un répertoire, un style
  • Sur une œuvre ou un compositeur

Une salle du conservatoire est réservée aux Classes artistiques, munie d’un tableau Numérique interactif (TNI), d’un parc instrumental et d’une surface suffisamment grande pour travailler la mise en espace.

Les activités pédagogiques et artistiques pourront être observées, écoutées ou partagées en fonction du projet qui sera co-construit entre le professeur des écoles et l’équipe des classes artistique du conservatoire.

A l’issue du séjour, chaque enfant aura un passeport artistique précisant que pendant le séjour il a été « élève » du conservatoire. Ce passeport sera aussi un outil de communication avec les parents. Il donnera des informations sur les Scènes Publiques qui sont toutes gratuites et les modalités pour s’inscrire au conservatoire, si le séjour a déclenché des envies d’apprentissages artistiques.

Pour cette première année, nous avons reçu 38 candidatures de classes reparties sur l’ensemble de la ville de Bordeaux. 28 seront retenues, soit près de 500 enfants touchés par année scolaire en moyenne.

Bel été culturel !

Alors que l’été est là, avec son lot de festivals et d’émotions collectives, j’ai souhaité vous adresser un cocktail d’informations concernant l’avancement de certains projets culturels bordelais. Bien sûr, cet email n’est pas exhaustif mais il permet un tour d’horizon et peut appeler des questions auxquelles je serais heureux de répondre.

 

Document d’Orientation Culturelle : où en sommes-nous ?
Pour déployer son projet culturel, la Ville de Bordeaux s’est doté d’un Document d’Orientation Culturelle (DOC) co-construit et régulièrement réinterrogé. La mise en œuvre de ce document se déploie sur 3 axes de réflexion, 21 objectifs et 109 actions. Récemment mis à jour lors d’un comité de suivi qui rassemble toutes les sensibilités politiques représentées au sein du Conseil Municipal, je vous invite à consulter son contenu ici : http://www.bordeaux.fr/p82366/bordeaux-culture

Après le succès de 2017, la saison « Liberté ! Bordeaux 2019 » est en préparation
Le succès de la saison culturelle « Paysages Bordeaux 2017 », tant en termes de fréquentation, de structuration que de rayonnement nous incite à imaginer un nouveau temps fort en 2019. Fondée sur cette dynamique et sur l’expérience de construction d’une programmation à l’échelle du territoire associant des artistes d’ici et d’ailleurs, la réflexion autour d’une nouvelle saison a déjà débuté.
Cette saison se déroulera entre juin (ouverture lors du week-end de la fête du fleuve « remaniée ») et le 16 août (lancement du cycle des représentations du Théâtre équestre Zingaro aux Quinconces, 35 ans après sa création par Bartabas) a été partagé avec les opérateurs culturels, notamment lors d’une réunion de présentation le 4 juin dernier. D’ores et déjà nombreux sont les projets, émanant du territoire et toutes disciplines confondues, qui ont été recensés, l’ensemble des opérateurs sollicités ayant salué l’organisation et le succès de la première saison culturelle en 2017. Les grandes lignes de programmation : quelques commandes artistiques (les « phares »), l’articulation étroite avec les opérateurs du territoire, la présence dans l’espace public, la semaine coordonnée de vernissages dans les musées, la dimension participative etc. et l’existence d’une coordination générale en lieu et place d’un commissariat ou d’une direction artistique extérieure constituent les fondamentaux de cette nouvelle saison.

2018/2019 : ouverture de lieux nouveaux ou rénovés
Après l’Aréna à Floirac, et le Centre de Développement Chorégraphique National « La Manufacture » à Bordeaux Sud, c’est au tour de la Salle des Fêtes du Grand Parc d’ouvrir ses portes. Après une concertation dense et une rénovation réussie, cette Salle des Fêtes aura la particularité d’être gérée par la ville, en lien avec les habitants et forces vives du Grand Parc pour en faire un laboratoire des droits culturels. 60 à 80 évènements sont attendus chaque année, dans tous les domaines.
Dans les mois qui viennent, d’autres ouvertures viendront : POLA, dont les travaux dans le hangar Pargade à La Bastide reprennent ; la bibliothèque de Caudéran, les salles XXème et XXIème siècle du Musée d’Aquitaine, le Muséum et la MECA portée par la Région Nouvelle-Aquitaine.
Ouvrir ces lieux dans de bonnes conditions, pour les artistes, les techniciens et les publics est ma priorité cette année.

Mauvaise nouvelle au Museum…
A la suite des violentes intempéries du 26 mai dernier, le Muséum d’histoire naturelle de Bordeaux a été particulièrement impacté par des fuites considérables venues du toit du bâtiment (les gouttières et aux dégagements ayant rapidement été saturés par la grêle). Alors que l’hôtel de Lisferme et les nouveaux locaux en sous-sol avaient été livrés et que la réinstallation des spécimens et collections étaient déjà bien avancée afin de pouvoir tenir une date d’ouverture au public comme prévu le 31 octobre 2018, il apparaît malheureusement aujourd’hui que plusieurs interventions sont à revoir, voire à refaire dans leur totalité. C’est notamment le cas des parquets du 1er étage, d’une partie du système électrique et des installations informatiques qui venaient d’être finalisées ; par ailleurs, de nombreux spécimens ont également été touchés et sont en cours de restauration. Enfin, une grande partie des vitrines déjà terminées doivent être désinstallées puis réinstallées une fois les spécimens restaurés. L’ensemble de ces éléments conduit à ce jour à envisager une ouverture du Muséum en 2019.

Plan en faveur du spectacle vivant : où en sommes-nous ?
A l’issue de la première étude sur le spectacle vivant conduite par Richard Coconnier, les partenaires publics se sont réunis le 18 mai dernier afin de partager les grandes lignes du diagnostic formulé et d’envisager les suites à mettre en forme dans une deuxième phase d’étude visant à bâtir un « schéma territorial pour le spectacle vivant ». Les services de la DRAC et de la direction générale des affaires culturelles de la ville de Bordeaux sont au travail afin de rédiger un premier cahier des charges avant l’été dans l’optique de lancer la seconde partie de l’étude à l’automne prochain. Des entretiens bilatéraux se poursuivent par ailleurs avec les opérateurs afin de nourrir dès à présent les réflexions autour de ce futur schéma qui pourrait conduire, si l’Etat y consentait, à la création d’une scène nationale ; la labélisation de théâtre ; le développement du centre de développement chorégraphique national (CDCN) à la Manufacture, assortie du projet immobilier conduit par la ville. La forte contribution de la ville à l’acquisition du Glob Théâtre est un marqueur indiquant une forte mobilisation de la ville de Bordeaux en faveur du spectacle vivant. Mais cela ne suffira pas, nous espérons disposer d’un plan d’actions en mars 2019.

Base Sous-Marine : création d’un lieu nouveau dédié aux arts numériques
En complément des expositions dont la fréquentation augmente, Alain Juppé va très prochainement retenir un partenaire pour développer un nouveau lieu dédié à l’image et aux arts numériques dans les alvéoles de la Base Sous-marine, avec une attention particulière portée à la jeune création. Le processus de négociation de cette Délégation de Service Public arrive à son terme après plusieurs séances détaillées d’échange avec les candidats restant en lice. La grande qualité des projets proposés ainsi que le professionnalisme des candidats sont à souligner. Ouverture prévue en 2020 !

CAPC : concertation en cours
Le départ de la Directrice du CAPC sera officiel à compter du 1er août 2018. Les démarches de réflexion autour de l’avenir du lieu sont lancées en deux volets stratégiques : une démarche associant des personnalités extérieures issues du monde de l’art contemporain et une démarche associant les équipes du CAPC. Des réunions se sont déjà tenues dans ce sens et se poursuivent courant juillet afin de viser un séminaire de mise en commun fin septembre, avant la rédaction d’un document de synthèse courant octobre définissant les grandes orientations du recrutement de la direction de notre Musée d’Art Contemporain. Enfin, la programmation se poursuit afin d’assurer une continuité d’activité de l’établissement (expositions Benoit Maire et Danh Vo notamment) et d’honorer les engagements pris vis à vis des artistes et des partenaires.

Save the date : 6 octobre !
Je vous inviterai prochainement à préparer une contribution dans le cadre de « Bordeaux Métropole 2050 » lors d’une journée de réflexion le 6 octobre prochain autour du thème « Concevoir le changement de nos pratiques culturelles. Comment inscrire notre démarche dans un champ d’innovation original et légitime ? » 250 acteurs culturels seront conviés, notamment pour l’intervention d’Armand Hatchuel, Professeur Mines ParisTech. 3 tables-ronde seront organisées :
– Comment vivre une expérience culturelle en 2050 ?
– Comment créer en 2050 ?
– Comment raconter un récit de territoire en 2050 ?

Enfin, si certains d’entre vous vont vers le sud cet été, je vous invite à découvrir « Méduse » (primée au festival Impatience) par le collectif bordelais Les Bâtards Dorés du 20 au 23 juillet au Festival d‘Avignon (In)…ou d’autres artistes bordelais sont également programmés.

Je vous souhaite un bel été, en se souhaitant collectivement de ne jamais oublier qu’ « il ne nous reste que la culture pour ne pas mourir face à la réalité » (Friedrich Nietzsche).

 

Vérités d’été

Lille, Lyon, Nantes et aujourd’hui Bordeaux[1] : aucune cité ne réussit véritablement sa transformation sans une forte dimension culturelle ou, pire, si ses habitants ont une opinion négative de leur lieu de vie. Je ne parle pas seulement d’excellence artistique, encore que Bordeaux soit reconnue en musique, littérature ou architecture, et plus récemment pour les arts urbains ou le cinéma, je parle de culture, dans une acception fédératrice.

Cette dimension résulte d’un alliage entre héritage et volonté politique, ce qui la rend partout unique. Chez nous, c’est un patrimoine matériel et immatériel exceptionnel mis en valeur par une rénovation urbaine réussie qui permet une dynamique culturelle nouvelle. Dans des espaces publics rénovés, (re)découvrir un monument restauré, assister aux nombreux concerts et performances en plein air, pousser la porte d’une des nombreuses librairies ou bien celle d’un théâtre, d’un musée, naviguer sur le fleuve, goûter la gastronomie du Sud-Ouest, sentir l’esprit des Lumières et comprendre pourquoi Bordeaux est toujours une ville de tolérance, ouverte sur le monde… tout cela, cette âme, revêt un caractère éminemment culturel qui nous rend tous, je crois, joyeux et même fiers d’être bordelais.

Cette réalité a aussi ses détracteurs, ses rabat-joie, notamment Vincent Feltesse et ses “amis” socialistes. Comment pourrait-il en être autrement de la part d’une gauche toujours convaincue d’avoir le monopole du juste et du beau, qui se pense la plus apte à comprendre car la plus sensible à l’art et, humblement, la plus instruite. Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine d’être de gauche” aurait dit Beaumarchais…

saison culturelle paysage musée art decoratif design robert
saison culturelle paysage musée art decoratif design robert

Aucune surprise donc lorsque j’ai lu cette affirmation d’imprécateur : « Après une forme

de nouveau souffle en matière culturelle (merci…), l’oxygène vient à manquer ». La légitimité de Vincent Feltesse sur ce sujet aurait dû le conduire à plus de prudence, au risque de reproduire le mémorable résultat de 2014. Car, depuis qu’il a déclaré ce secteur comme sinistré lors des élections, il brille par son silence et son manque d’initiative depuis 3 ans, comme en témoigne notamment sa présence au Comité de suivi du Document d’Orientation Culturelle ou au Conseil d’Administration de l’Opéra : 0 %. Pas une seule présence. Voilà qui est symptomatique d’une attitude : se préoccuper moins du sujet lui-même que du profit politique que l’on pense en retirer. Personne n’est dupe, heureusement.

En réalité, je ne suis pas mécontent de ces attaques. Que les élus socialistes se sentent l’obligation de critiquer est rassurant : cela en dit long sur le développement culturel que connait Bordeaux, une menace qui pèse sur ce que la gauche pense être sa « chasse gardée ».

N’aimant pas répondre d’instinct à la polémique, je prends le temps. L’été, c’est précisément ce moment où l’on prend du temps pour des futilités, afin de remettre les choses à leur juste place –ce qui est toujours plus long qu’installer le désordre- sans quoi, comme chacun sait, de la calomnie il subsiste toujours quelque chose.

Chaque année, la municipalité consacre plus de 70 millions d’euros pour la Culture et le Patrimoine (330 € /habitant). 750 agents municipaux bâtissent cette politique. Ce n’est pas exactement rien.vignette_habitant
Depuis 10 ans, les lieux se transforment : construction des Archives, de l’Auditorium, rénovation du Musée d’Aquitaine, Cité du Vin… Et demain : rénovation du Muséum, de la salle des fêtes du Grand Parc, construction de la médiathèque de Caudéran… Malgré le contexte sécuritaire et économique, un public toujours plus nombreux (+20% en 10 ans, 613 304 visiteurs en 2016, cf. tableau ci-dessous) atteste de l’attractivité des musées[2]. 2/3 des visites sont gratuites, comme partout en France. Le prix d’entrée n’est donc pas un obstacle grâce à une grille tarifaire adaptée.
Soulignons des points forts : la Base voit sa fréquentation augmenter, avec un projet (en cours) dédié à la projection vidéo afin d’ouvrir davantage ce lieu unique ; le Musée d’Aquitaine est le 1er musée d’histoire de France selon le journal des Arts ; le Musée des Beaux-Arts est 26ème dans ce même classement (45ème l’an dernier) ; le Musée des Arts Décoratifs et du Design (+ 19% de fréquentation) possède un potentiel inexploité avec l’ouverture et la rénovation de la prison ; pour leCAPC, la fréquentation n’est pas le bon critère car ce lieu nous fait découvrir les talents de demain. Leonor Antunes ou Naufus Ramirez Figueroa, montrés à Bordeaux, sont exposés à Venise et Lion d’Or 2017, Franz Erhardt Walter, a été montré dans la nef. Défricher, une mission critiquée mais nécessaire.

Nouvelle image

Pour ce qu’il est convenu d’appeler « les arts de la scène », la ville est le 1er financeur de presque tous les théâtres publics, à l’exception du TnBA, Centre Dramatique National. L’enveloppe qui leur est consacrée a augmenté de 7% depuis 2014.
La fréquentation du TnBA est excellente grâce au travail de C. Marnas. Bien qu’il n’échappe pas aux tensions que connait le spectacle vivant, son projet se stabilise autour de grands axes spécifiques : création et diffusion s’équilibrent, avec une place particulière pour les équipes locales.
L’Opéra National de Bordeaux, dirigé par un artiste majeur, M. Minkowski, développe de nouveaux partenariats avec des lieux d’excellence (Opéra-comique, Fenice…) et sa fréquentation augmente (4% en 2016/17). Inutile de nier les difficultés que rencontre cette maison, communes à presque tous les opéras. Mais la Direction et les financeurs travaillent sérieusement à la définition d’un modèle soutenable économiquement, sans rien perdre de notre excellence. La recrutement d’un nouveau Directeur de la Danse est lancé.
La Manufacture Atlantique se transforme pour devenir un pôle de création contemporaine pluridisciplinaire plus fort, au service des artistes émergents. C’est un projet artistique inédit au niveau national grâce à la fusion de l’actuel théâtre avec le Centre de Développement Chorégraphique National venu d’Artigues-Près-Bordeaux. Par ailleurs, le lieu va être partiellement rénové et acquis par la ville pour en pérenniser l’action.
La Glob Théâtre a vu sa subvention augmenter et ses travaux soutenus (négociations également en cours pour pérenniser le lieu). La Boite à jouer, privée de public pour des raisons de sécurité, développe des résidences et une saison nomade pendant qu’un groupe de travail pense à sa future réimplantation.

Le FAB, le 30/30, l’Echappée Belle… sont autant de festivals qui révèlent la vitalité d’un territoire, fruit du travail des Cies tout au long de l’année, avec le soutien de l’OARA notamment.

Mais je sais que dans ce domaine, la situation est plus difficile. Alain Juppé a confié une mission à Richard Coconnier qui rendra ses conclusions en octobre prochain. Nous (les collectivités, l’Etat) devons d’avantage soutenir le spectacle vivant pour que les propositions soient à la hauteur d’une grande Métropole (laquelle devrait y contribuer d’ailleurs).

Outre ce que j’ai déjà écrit sur les lieux d’exposition, les Arts visuels bouillonnent : POLA s’installe au bord du fleuve, le premier Week-end de l’Art Contemporain fédère 35 structures (28.09>01.10), 130 ateliers d’artistes soutenus par la ville (75 en 2014)… et cet été dans l’espace public : 18 sculptures d’A.Gormley, des œuvres de M. de Broin, D. Firman, S. Treister, un nouveau refuge périurbain…et 12 fresques de Street Art.

La ville de Noir Des’, et aujourd’hui d’Odezenne ou JC Satan, compte 4 lieux labélisés Musiques Actuelles et une scène locale vivace, des caves aux plateaux des salles. Relâche, Climax ou Reggae Sun Ska sont devenus incontournables en France. Bientôt, la salle des fêtes du Grand Parc et la grande salle de spectacle complèteront le maillage des équipements. En matière de musique électronique, l’I-Boat et Traffic, pionniers, ont été rejoints par Délicieuse musique, l’Orangeade, Bordeaux Open Air, Hors-Bord…

Chez nous, les bibliothèques sont nombreuses et gratuites, des librairies ouvrent (telle « BD Avenue », la petite dernière) et Mollat fait vivre sa « Station Ausone ». Des auteurs ont fait Bordeaux, d’autres poursuivent activement cette tradition, comme Sophie Avon, Marc Dugain ou bien encore Hervé Le Corre. La BD se développe fortement, dans l’ombre et auprès d’Angoulême.

Fort de ce terreau, il était grand temps de se rassembler. La LGV nous en a donné l’occasion avec la saison « Paysages Bordeaux 2017 », bâtie autour d’AGORA, biennale d’architecture et de design.

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Un moment d’exception, qui s’appuie sur les opérateurs et temps forts du territoire. En 4 mois, une centaine de propositions sont au menu, dans tous les champs artistiques, nourris des talents locaux comme internationaux. La presse en parle, le public est au rendez-vous et surtout, cette dynamique nous aide à grandir.vignette_FAC

Sans les artistes et les 200 associations culturelles aidés par la ville (dont les subventions n’ont pas baissé pour beaucoup), rien de tout cela ne serait possible. Voici pourquoi en 2017, les appels à projets pour la création, l’innovation et la mobilité internationale ont été maintenus à un haut niveau.

Je m’arrête là. Pardonnez à la fois la longueur de mon propos et son manque d’exhaustivité[3] mais il confirme que notre offre culturelle est en expansion et qu’elle ne manque pas d’oxygène.

Si elle venait à en manquer, il est peu probable que nous fassions appel aux lumières de Vincent Feltesse, ex-conseiller d’un Président dont on se souviendra qu’il diminua les crédits de la Culture comme aucun autre avant lui.

Que Vincent Feltesse ne siège pas dans les instances culturelles dont il est membre, c’est une affaire entre lui et sa conscience ; mais qu’il se mêle d’en faire la critique, en truffant d’erreurs son propos, me paraît inconvenant. Alors je préfère le mettre en garde, pour l’avenir : le temps où l’opposition municipale pouvait semer la critique sans craindre de réponse, ou si peu, est révolu. À chaque fois que le propos sera faux, je serai là pour rétablir ce que je crois être plus proche de la vérité, même l’été.

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[1] Cette comparaison entre Bordeaux et les grandes villes françaises se retrouve souvent dans la presse. Libération dernièrement : http://next.liberation.fr/arts/2017/07/28/tourisme-culturel-fais-tourner-le-badaud_1586925

[2] Cet été encore, ils ont déjà accueilli près de 100 000 visiteurs (+ 10% par rapport à l’été dernier) grâce notamment à saison Paysages Bordeaux 2017.

[3] Tout ce que je n’ai pas évoqué ici se trouve dans notre Document d’Orientation Culturelle, composé de 109 actions dont 67 déjà réalisées, en à peine plus de 3 ans.