Statu quo bordelais

Les élections régionales et départementales parachèvent le cycle ouvert en 2020 avec les élections municipales. À Bordeaux, comme partout en France, le temps de l’analyse est venu.

Je ne reviendrais pas sur le contexte économique, sanitaire ou politique, ni même sur les causes de l’abstention pour me borner à tirer des enseignements locaux.

Je lis sous la plume de nombreux commentateurs et responsables politiques des mots qui me choquent : « large victoire », « 1er parti de France »… Avons-nous déjà oublié que les Françaises et les Français ont boudé cette élection comme jamais, et que cette indifférence est sans doute le plus grand péril qui pèse sur notre République ? Dans une démocratie, les récriminations comme les espoirs doivent s’exprimer dans les urnes sans quoi, la faible représentativité des élus remet en cause la notion même de régime démocratique.

Par ailleurs, je suis toujours aussi sceptique en écoutant les raisonnements de ceux qui analysent le climat municipal bordelais à la lumière des résultats de cette élection. Soyons prudents : ne confondons pas les scrutins, les contextes et les candidats. Mais il n’est pas interdit de faire quelques constats.

Pour ma part, je tire trois leçons bordelaises de cette élection :

-Bordeaux est une ville sociologiquement de gauche. Mais est-ce une révolution ? Depuis 25 ans, aucun Président de la République ou candidat de droite n’a été majoritaire à Bordeaux lors des élections présidentielles.

 
-aux élections régionales, les scores de la droite et du centre sont conformes aux étiages habituels : 60/40. Là encore, pas de révolution. Une vérité que nous devons tous accepter en revanche : on ne fera rien les uns sans les autres, et surtout pas reconquérir Bordeaux en 2026 si des guerres intestines s’organisent. J’ai toujours été un partisan de l’union et je suis renforcé dans cette conviction aujourd’hui. Unis (au 1er tour…), nous gagnons ; divisés, nous perdons.

-aux élections départementales, rien de bien nouveau non plus : 3 cantons à gauche et 2 cantons au centre et à droite. Il faut noter en revanche un rééquilibrage des forces de gauche au profit des écologistes qui existeront durablement, et dont l’entente avec les socialistes est en trompe-l’œil.

En prenant du recul, l’honnêteté impose donc de reconnaître que ces élections confirment un statut quo politique à Bordeaux, dans le droit fil des élections municipales. Un an après notre défaite, les positions de chacun se stabilisent. Pour toutes celles et ceux qui, comme moi, prônent l’alternance, il nous reste 5 années pour rebâtir notre organisation, gagner la bataille des idées, se rassembler et gagner. Au travail.

Une ville à deux vitesses

Pourquoi sommes-nous heureux à Bordeaux ? Le climat est clément, la ville est belle mais l’essentiel n’est pas là. Chez nous, la vie est douce car nous avons la culture du dialogue et du respect de la différence : une forme de concorde bordelaise qui s’est illustrée pendant de nombreuses années par un projet de ville rassembleur. Cette unité était même la condition nécessaire à la métamorphose de Bordeaux.

Ce temps est définitivement révolu. Le projet de mandat de Pierre Hurmic, présenté hier en Conseil Municipal, en atteste tristement.

Si je partage certaines des propositions de la nouvelle municipalité (plan piéton, rénovation des barrières et des boulevards, extension du stationnement résidant en concertation, schéma de la vie du fleuve, création de piscines…), je regrette que le projet du Maire fasse l’apologie de la décroissance : haro sur le rayonnement, haro sur l’attractivité, haro sur le développement économique et démographique.

Pourtant, proximité et attractivité ne s’opposent pas. Par le passé, tout en réalisant des équipements majeurs (cité du vin, stade Matmut, LGV…), 70% du budget d’investissement était consacré aux équipements de proximité (écoles, crèches, lieux culturels, gymnases…); le tout, sans dégrader les finances de la ville comme un récent audit nous l’a confirmé.

Ne s’intéresser qu’a la proximité, qu’a la vie quotidienne, c’est nécessaire, et c’est sans doute très électoraliste, mais cela ne permet pas de dessiner pas un destin commun, de faire société. En réalité, proximité et attractivité sont les « deux jambes » d’une même politique municipale, l’une de va pas sans l’autre.

Par ailleurs, dans ce projet, il y a de grands absents qui sont autant de renoncements dorénavant définitifs : il n’est plus question de vente du grand stade, de moratoire sur la construction des nouveaux quartiers ou de limitation des paquebots de croisières…

Au-delà des mots que contient ce projet, les actes récents du Maire en disent beaucoup plus long :

-volonté d’arrêter toutes les navettes Air France Bordeaux-Paris (200 emplois déjà supprimés) ;

-remise en cause de l’existence même de l’agence de développement économique « Invest in Bordeaux », en pleine crise ;

-absence de soutien et de reconnaissance envers la filière viticole (quasiment absente du projet de mandat débattu en Conseil Municipal…) ;

-refus de soutenir notre club de foot, les Girondins ;

-volonté d’encadrer les loyers, un dispositif que ne fonctionne nulle part ;

-remerciement du Directeur Général de l’Opéra Marc Minkowski et occupation dangereuse du Grand Théâtre, autorisée par la mairie… ;

Ces actes, par touches impressionnistes, dessinent cette vision décliniste et décroissante de la ville avec laquelle je suis en complète opposition. Je pense que Bordeaux doit demeurer attractive et agréable à vivre, pas décroissante et repliée sur elle-même. Or, l’attractivité et le cadre de vie ne s’opposent pas entre eux, ils ne s’opposent pas non plus aux impératifs environnementaux si nous conservons la maîtrise de notre développement.

Une ville qui régresse démographiquement, parce qu’elle ne construit plus assez de logements, est une ville qui régresse tout court.

On ne nourrira pas notre ville en plantant des tomates sur les toits des immeubles de Mériadeck mais en travaillant avec les territoires voisins pour favoriser les (vrais) circuits courts.

En vérité, en lisant ce projet de mandat, j’ai ressenti un profond malaise. Ce n’est pas le projet d’un mandat au service de tous les habitants, c’est le projet d’un camp : 26 500 citoyens qui ont voté pour Pierre Hurmic, contre 150 000 électeurs et 250 000 habitants.

Celui qu’il peut aller au travail en vélo, amener ses enfants à pieds à l’école ou payer en monnaie locale se sentira sans doute concerné par les nouvelles orientations de la municipalité. Mais celui qui devait prendre la navette Air France pour aller à Paris, qui est obligé d’aller travailler en voiture à Mios ou à Blaye, ou bien qui l’aime bien ce grand stade, à celui-là, ce projet ne s’adresse pas.

Rien de grand, rien de fort ne se réalise sans rassemblement, sans unité. Opposer les habitants les uns aux autres, c’est bâtir une ville à deux vitesses, une ville fracturée, et cela est intimement contraire à l’esprit bordelais.

Abandon d’idéal

Il n’est pas exagéré de dire que la dernière campagne municipale s’est jouée sur la place du végétal en ville. En dépit des 46 000 arbres que compte Bordeaux, notre ville est souvent qualifiée de minérale, en raison de son histoire et de son patrimoine préservés des destructions. Pourtant, entre 2001 et 2019, 16 000 arbres ont été plantés. Parmi les projets de plantation majeurs, on retrouve les quais et la promenade Corajoud, les plantations en accompagnement du tramway, les Zac Cœur de Bastide, le parc aux Angéliques, la rénovation du parc Bordelais et du Jardin Public, la création du jardin botanique à la Bastide, le parking du parc floral, le parvis du parc des expositions…

Mais il fallait aller plus loin compte-tenu de l’intérêt stratégique que représente l’arbre dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est pourquoi, en 2019, le Conseil Municipal de Bordeaux a adopté le plan « Canopée » et créé un comité de l’arbre dans le but d’augmenter la proportion de surfaces boisées et de gérer le patrimoine arboré de la Ville en conciliant surveillance, préservation des arbres, diversification de la palette végétale et sécurité des populations.

L’engagement est alors précis et réaliste (car construit avec les services techniques dont c’est le métier) : planter 20 000 arbres d’ici 2025, soit 3000 arbres par an (contre 1000 actuellement) : 1000 arbres au parc aux angéliques, 500 au Grand Parc, 6630 sur Euratlantique, 5650 à Brazza, 1500 à Bastide-Niel, 1200 arbres par an dans le diffus, etc…

Pourtant, à l’époque, les critiques de Pierre Hurmic, élu d’opposition, sont virulentes : nous sommes jugés coupables d’encourager l’artificialisation des sols sans qu’aucun de nos arguments ou projets ne soient réellement entendus. Le candidat écologiste promet de faire mieux que nous.

Aujourd’hui, les masques tombent.

En 2020, Bordeaux Métropole annonce son ambition de planter 100 000 arbres par an pendant 10 ans dans les 28 communes. Une proposition que j’ai votée avec enthousiasme !

Mais, au même moment, le Maire de Bordeaux annonce 1600 arbres plantés dans l’année qui vient…

Comment expliquer un tel manque d’ambition ?

La réponse à cette question sera donnée par son élu en charge de la végétalisation, dans une réponse à la fois sincère et naïve que je vous invite à regarder en vidéo en cliquant sur l’image ci-dessous :

Patrick Papadatto découvre le « plan de charge ». Il a pourtant été élu entre 2008 et 2014. De qui se moque-t-on ?

De révolution il n’est plus question, même dans ce domaine, pourtant si cher aux écologistes. L’ambition n’est décidément pas au rendez-vous.

Même le journal Sud Ouest s’est ému de cet abandon d’idéal, une vérité qui n’est visiblement pas du goût du Maire.

 

Bordeaux, 28 juin – 28 décembre : 6 mois pour rien

Après la victoire surprise de Pierre Hurmic, nous nous attendions tous, soutiens comme adversaires, à vivre une rupture politique profonde. D’une part, car son élection mit fin à 73 ans de continuité municipale à Bordeaux. D’autre part, en raison des 25 années de réflexion et de préparation qu’il passa dans l’opposition. Enfin, car son programme était suffisamment radical pour s’adjoindre le soutien du Parti Communiste ou de Génération.s. 

Nous sommes le 28 décembre, 6 mois se sont écoulés jour pour jour, c’est-à-dire une période suffisante pour se faire un avis, sans qu’il soit pour autant définitif. 

Même en faisant preuve objectivité et en tenant compte de la crise sanitaire que nous traversons, j’entends dorénavant les mêmes doutes et le même constat tout autour de moi : aucun souffle nouveau, aucun projet emblématique et tellement de maladresses… Les Bordelaises et les Bordelais, jusque-là bienveillants pour la plupart, commencent à percevoir la réalité et l’expriment.

Pour ma part, je résumerai ces 6 mois en 3 mots : renoncement, indigence et amateurisme.

Renoncement d’abord, la liste est longue : de vente du stade MATMUT et de démission du Président Longuépée il n’est plus question ; le moratoire sur les nouveaux projets immobiliers est devenu un simple droit d’inventaire sans interruption de travaux ; la promesse « 0 artificialisation des sols » n’est qu’un souvenir puisque le PLU (plan local d’urbanisme) n’a pas changé d’un iota et que 244 permis de construite ont été délivrés depuis l’élection du nouveau Maire ; les indemnités des élus ne « baisseront » que de 10% en cas d’absentéisme ; des décisions se prennent sans concertation (comme la mise en sens unique de la rue de Bègles et du cours de la Somme…) et les Conseils de quartier ne se réunissent plus, même virtuellement.

Bien sûr, quelques actions isolées ont été mises en œuvre comme le guichet unique pour accompagner les TPE ou bien encore la clôture de la concertation légale pour l’aménagement du site de La Jallère (des actions que nous avons d’ailleurs soutenues). La ville est péniblement administrée mais elle n’est pas gouvernée : aucune ambition nouvelle ne s’exprime, aucune vision d’ensemble n’est partagée.

Je suis d’ailleurs frappé par l’indigence et le manque de sérieux dont fait preuve cette nouvelle équipe municipale. Je prendrai 4 exemples emblématiques pour illustrer mon propos :

-Sécurité : pour beaucoup de Bordelaises et de Bordelais, la sécurité est la priorité majeure. Après avoir refusé un Conseil Municipal dédié à cette question, refusé d’étendre la vidéo-protection et refusé un débat sur l’armement de la Police Municipale, le Maire ne nous a toujours pas communiqué la liste exhaustive des mesures concrètes déployées pour garantir la sécurité de tous. D’ailleurs, aucun nouveau poste de policier municipal n’a été créé alors que nous en avions recruté 29 ces dernières années ;

-Végétalisation : alors que « Bordeaux Respire » promettait une véritable révolution végétale, Pierre Hurmic a annoncé la plantation de 1619 arbres seulement dans l’année à venir. Nous en proposions 3000 par an dans le plan canopée adopté en 2019 et la Métropole s’apprête à en planter 100 000 par an ! Manque d’ambition criant, même sur ce sujet pourtant si vert.

-Économie : l’expérimentation du dispositif « 0 chômeur de longue durée », présentée comme une mesure miracle, ne touchera que quelques dizaines (centaines ?) de personnes dans certains quartiers de Bordeaux, une réponse symbolique bien en deçà de l’enjeu. Parallèlement à cela, notre indispensable agence de développement économique « Invest in Bordeaux », malgré un bilan remarquable et salué de tous, est déstabilisée par une réduction budgétaire, au point que son Président décide de démissionner ;

-Immobilier : je me suis déjà longuement exprimé sur le gadget que représente l’encadrement des loyers qui a prouvé son inefficacité à toutes les époques et dans plusieurs villes ;

L’impréparation de la nouvelle équipe explique sans doute l’amateurisme qui entoure l’action municipale depuis 6 mois. Si l’on pense tous à la suppression du sapin de Noël et la polémique qui suivit, cette bourde est loin d’être isolée. Ajoutons : le tweet irrespectueux de Pierre Hurmic en « hommage » à Jacques Chaban-Delmas ; le vote du budget décalé à mars 2021 et des associations privées d’avance sur leur subvention ; des travaux sur le restaurant « Le 4ème mur » qui défigurent le Grand Théâtre; la perte du sommet Afrique-France parti à Montpellier ; dernièrement, la lettre infantilisante du Maire aux habitants de plus de 60 ans a provoqué un véritable tollé…

Comme je le disais plus haut, les Bordelaises et les Bordelais commencent à percevoir cette situation et plus encore le style du nouveau Maire, provocateur, agressif parfois, maladroit systématiquement et plus à l’aise pour nous dire ce qu’il ne va pas faire que ce qu’il va faire.

Face à cette insatisfaction montante, la crise sanitaire est une justification récurrente dans la bouche du Maire. Il y a une part de vérité mais il force le trait. Bientôt, il expliquera, malgré les évidences, que la situation financière de la ville est mauvaise. Bref, ce n’est jamais sa faute. Pourtant, les faits sont têtus : récemment, jamais un Maire de Bordeaux n’a eu autant de pouvoir. Mairie, Métropole (sans cogestion), Département et Région : Pierre Hurmic et ses amis ont tous les leviers.

Ce bilan à 6 mois, ce sont les acteurs de la ville, dont certains soutenaient Pierre Hurmic, qui en parlent le mieux :  le collectif Trans’Cub se sent trahie par la nouvelle équipe municipale et métropolitaine ; Philippe Barre, patron de Darwin dénonce des promesses non tenues de la part de Pierre Hurmic, notamment en matière d’urbanisme ; les Ultra pestent contre « l’absence totale de fiabilité et de cohérence » de la Mairie au sujet des Girondins…

Certains me trouveront sans doute trop sévère. Croyez bien que j’espère me tromper, je suis cependant très inquiet pour le devenir de notre ville. Petit à petit, et de manière presque indolore, cette nouvelle gouvernance municipale a une conséquence majeure : notre ville se replie sur elle-même, gouvernée par une idéologie qui promeut la décroissance et l’isolement. Cette trajectoire est celle du déclin, et elle est profondément contraire à l’histoire et à l’âme de Bordeaux.

Bordeaux : pour une ambition culturelle renouvelée

Vœu proposé par le groupe « Bordeaux Ensemble » à l’attention de l’ensemble des groupes du Conseil Municipal de la ville de Bordeaux

Pour une ambition culturelle renouvelée

Du poète Ausone jusqu’à François Mauriac, en passant par Montaigne et Montesquieu, SIGMA et la création du CAPC, le lien entre Bordeaux et la création artistique est intime. Depuis 10 ans, le visage culturel de Bordeaux s’est beaucoup transformé : notre ville est aujourd’hui identifiée pour son offre culturelle et son patrimoine reconnu par l’UNESCO.

Premier ou deuxième budget de la ville suivant les exercices, la culture occupe une place remarquable parce qu’elle se trouve au carrefour des développements économique, social, éducatif et citoyen. Elle est un ingrédient indispensable à l’épanouissement de chaque Bordelaise et de chaque Bordelais. La culture participe également pleinement à la création de richesse, au développement économique et au rayonnement international de Bordeaux.

De nouveaux lieux, publics ou privés, ont été ouverts ou réouverts au public dans les quartiers bordelais : l’auditorium, les Archives, la bibliothèque de Caudéran, le Museum, la salle des fêtes du Grand Parc, l’Annexe B, les Bassins de Lumières, POLA, Darwin, l’Institut Magrez, le CDCN la Manufacture… D’autres sont en projet : la rénovation de la RockSchool, de l’école du cirque, du musée d’Aquitaine et du MADD…etc…

Entre 2014 et 2020, malgré la crise sanitaire et grâce à l’ouverture des Bassins de lumières notamment, le public qui fréquente les lieux municipaux a doublé pour bientôt atteindre le million de visiteurs.

Des évènements sont nés (la saison culturelle, le FAB…), des lieux ont été labélisés, des compagnies et collectifs se sont créés…autant d’indicateurs positifs qui révèlent la vivacité du terreau artistique bordelais et métropolitain.

Pour autant, les graves crises que la France et le monde traversent nous obligent à aller plus loin. L’élection d’une nouvelle majorité municipale légitime également l’établissement d’une nouvelle feuille de route culturelle.

A cela s’ajoute une crise sanitaire inédite. C’est peu dire que le monde culturel traverse une immense épreuve. Rarement les difficultés auront été aussi nombreuses et concomitantes : fermeture des lieux, disparition des recettes, impossibilité de voyager, de diffuser et parfois de créer, manque criant de visibilité dans le temps et, peut-être est-ce le plus grave, une société profondément fracturée qui rend l’acte de création infiniment plus complexe.

Pour relever ce défi, notre groupe souhaite tout d’abord proposer une convention citoyenne pour la culture et le patrimoine afin d’associer les Bordelaises et les Bordelais, pas seulement les artistes et les associations, à la définition d’une nouvelle feuille de route culturelle.

Nous souhaitons également proposer plusieurs orientations :

  • A court terme, pour faire face à la crise :

-garantir la survie financière de toutes les associations grâce au nouveau fonds d’urgence ;

créer une Commission de l’Urgence Culturelle qui pourrait prendre la mesure réelle et chiffrée des dégâts causés par la crise sanitaire, proposer des mesures d’urgence et en assurer le suivi ;

-bâtir un plan de soutien à la relance de l’activité culturelle tout au long de l’année 2021;

-créer un “pass culture” bordelais pour soutenir les lieux et les artistes ;

-anticiper un nouveau confinement avec l’établissement d’un protocole strict, en lien avec l’Etat, pour éviter une fermeture sèche de tous les lieux ;

 

  • A moyen et long terme, pour aller plus loin :

– se doter d’une nouvelle « feuille de route » débattu en Conseil Municipal, capable de projeter la Ville de Bordeaux à l’aune de ces nouveaux défis, en concertation avec les artistes et les citoyens ;

rendre la culture toujours plus accessible et s’engager pour les droits culturels. Quelques exemples de projets que nous proposons : créer un orchestre d’enfants par quartier, un 2d dimanche gratuit dans les musées, proposer à 100% des enfants bordelais une action d’éducation artistique et culturelle (75% actuellement), créer un service municipal de médiation présent dans tous les quartiers…

-améliorer la condition des artistes et des auteurs dans notre ville en soutenant la création. Quelques exemples de projets que nous proposons : créer une maison des artistes-auteurs, pérenniser et augmenter le fonds d’aide à la création et à l’innovation, créer de nouveaux logements-ateliers d’artistes…

-renforcer nos institutions et valoriser notre patrimoine. Quelques exemples de projets que nous proposons : faire du musée d’Aquitaine un véritable « musée-monde », engager un nouveau plan de rénovation du patrimoine bordelais, rénover l’EBABX et le MADD, écrire une nouvelle page de l’histoire du CAPC…

***

C’est du dialogue entre l’impulsion politique et la totale liberté de création laissée aux acteurs que naît la politique culturelle. Avec ces propositions, non-exhaustives et amendables, concertées avec des associations et des artistes, nous souhaitons manifester notre intention de soutenir une ambition culturelle renouvelée.

Bordeaux nature

En 2001, le premier plan vert définissait le programme de développement de la nature dans le cadre du projet urbain présenté par Alain Juppé. 16 000 arbres seront plantés durant cette période, soit environ 941 arbres/an. Parmi, les projets de plantation majeurs, quelques exemples : les quais et la promenade Corajoud, les plantations en accompagnement du tramway, les Zac Cœur de Bastide, le parc aux Angéliques, la rénovation du parc Bordelais et du Jardin Public, la création du jardin botanique à la Bastide, le parking du parc floral, le parvis du parc des expositions…

Bordeaux compte déjà près de 46 000 arbres. Il est cependant indispensable de renforcer la place de l’arbre dans notre ville pour répondre à l’urgence climatique, rafraîchir l’air ambiant et lutter contre les îlots de chaleur, améliorer la qualité de l’air, atténuer les bruits ambiants, préserver la biodiversité, favoriser le lien social…

C’est le sens de la feuille de route présentée par Nicolas Florian, Maire de Bordeaux, en juillet 2019. Au total, entre les projets en cours et ceux que nous propositions, c’est 78 ha d’espaces verts supplémentaires qui pourraient être créés.

Aujourd’hui, le groupe « Bordeaux ensemble » réaffirme que la « Nature en ville » est au cœur des enjeux contemporains et propose de poursuivre cette dynamique grâce à une contribution collective et partagée avec les forces vives de la cité.

 

Synthèse des principales propositions du groupe « Bordeaux Ensemble »

 

  1. Créer 78 ha de nouveaux espaces verts, naturels et agricoles d’ici 2030
  2. Ouvrir l’ensemble des parcs et jardins jusqu’à 22h entre 15 juin et le 15 septembre
  3. Planter 20 000 arbres d’ici 2025
  4. Réaliser des micro-forêts type « Miyawaki »
  5. Poursuivre le réaménagement végétal d’espaces publics majeurs : pl. Pey Berland, Saint-Projet, Victoire, Allées Serr
  6. Initié un programme « Canopée pour tous » pour que la ville fournisse des arbres à toutes celles et ceux qui souhaitent planter dans leurs jardins
  7. Mettre en place un suivi de l’indice de canopée (surface de la couverture arborée présente sur les espaces publics et privés)
  8. Développer l’agriculture et les vergers urbains
  9. Imposer une part de végétalisation et de désimperméabilisation des sols dans tous projets de requalification de voirie
  10. Aménager et renaturer les sous-bois des Quinconces
  11. Doubler le nombre de jardins potagers dans Bordeaux et étudier la création d’une ferme potagère sur le toit de la Base sous-marine
  12. Lutter plus efficacement contre la prolifération des moustiques
  13. Objectif 100% d’eau non potable pour arroser

>>> Consulter la contribution complète !

Signes avant-coureurs de renoncements ?

« Ecrire, c’est agir. » répétait souvent François Mauriac. Tout au long de sa vie, il ne cessa jamais d’utiliser sa plume pour dénoncer les errements du monde qui l’entourait. Depuis plus de 12 ans, j’ai préféré l’action au stylo, profitant de la chance qui m’était donnée d’être élu local, membre d’un exécutif, c’est-à-dire capable d’agir concrètement et rapidement pour améliorer la vie quotidienne et embellir Bordeaux. Ce temps est révolu, ou presque, car dans l’opposition municipale, on ne peut plus agir ; et c’est la plume qu’il faut manier pour se faire entendre et espérer influer sur des décisions prises par d’autres.

Passer d’un rôle d’acteur à celui de spectateur, même engagé, n’est pas chose facile. En premier lieu parce que mon tempérament me porte plus naturellement vers les réalisations concrètes ; ensuite car les premiers pas de la nouvelle équipe municipale sont si dogmatiques et imprécis que déjà se tournent vers nous des citoyens déçus (et parfois abstentionnistes…) qui attendent que nous agissions pour contrer cette politique susceptible d’abîmer Bordeaux. Enfin, car personne de sincère ne peut décemment supporter de voir son travail remis en cause sans raison valable autre que celle de faire table-rase du passé.

C’est donc par l’écriture que je manifeste aujourd’hui mon étonnement face aux signes avant-coureurs de renoncements que nous percevons dans les premières déclarations et décisions du Maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic. Bien sûr, il est trop tôt, beaucoup trop tôt, pour tirer un bilan définitif de l’action de la nouvelle municipalité.

Pourtant, depuis 2 mois, le premier magistrat multiplie les déclarations approximatives et contraires à son programme de campagne. Il est, à l’évidence, rattrapé par la « réalpolitique » sur différents sujets qui constituaient pourtant des promesses majeures et assez emblématiques de son programme. Voici trois exemples révélateurs :

-en juin 2020, le programme du candidat écologiste annonce sans détour qu’il « mettr[a] fin au contrat de partenariat public-privé et [qu’il] revendr[a] le stade Matmut. » ; en juillet, à peine un mois après, le candidat devenu Maire déclare à propos de la vente du stade dans un interview pour Sud Ouest :  « je veux la faire étudier » ; en août 2020 sur France 3 : « il ne faut pas que ça coûte plus cher à la collectivité sinon je renoncerai. ». Par définition, lorsque l’on décide de rompre unilatéralement un contrat, cela coûte cher ! On passe donc d’une promesse de vente catégorique -et assez démagogique- à une simple « étude » dont il n’est pas très difficile de prédire l’issue puisque le coût de rupture du contrat est inscrit dans le Partenariat Public Privé, environ 80 millions d’€. Je prends les paris : d’ici quelques mois, on nous expliquera que la collectivité ne peut débourser une telle somme -ce qui sera vrai- et que le contrat doit être conservé, avec quelques aménagements pour faire bonne figure et faire passer la pilule. Acte 1.

-conformément à son programme et dès le lendemain de son élection, le nouveau Maire annonce un « moratoire sur les grands programmes immobiliers ». Puis, en septembre, on ne parle plus de tout stopper mais plutôt d’une « réorientation » en matière d’urbanisme ce qui n’a pas échappé aux journalistes : « Depuis le terme moratoire semble avoir disparu de son vocabulaire, il parle désormais de réorientation. ». Là encore, souvenons-nous des virulentes saillies du candidat vert qui, pendant la campagne, n’avait pas de mots assez forts pour dénoncer le « bétonnage » dans les nouveaux quartiers. Les premières critiques sur ce sujet sont venues de Philippe Barre, patron de Darwin et militant écologiste qui ne décolère pas. Acte 2.

-enfin, et je cite toujours le candidat : « à la démocratie intermittente, ponctuée par des élections tous les 6 ans, nous voulons substituer une démocratie permanente ». Là encore, les premières décisions du Maire sont prises sans concertation, comme l’illustrent le refus d’accueillir la maison nationale du dessin de presse, la suppression du sapin de Noël ou bien encore la mise en sens unique du cours de la Somme entre la place de la Victoire et la place Nansouty. Sur ce dernier sujet, les habitants sont invités à se prononcer…dans 9 mois, après la mise en œuvre de ce changement important et déjà contesté… Par ailleurs, si pendant la crise sanitaire notre majorité proposait régulièrement à l’opposition des temps de dialogue républicain, le nouveau Maire n’a jamais pris la peine d’informer son opposition de l’évolution de la crise sanitaire. Nous sommes totalement tenus à l’écart, malgré la légitimité du suffrage universel. Acte 3.

Vous pourriez me répondre que tout cela n’est pas très important, pour le moment, et que je devrais me réjouir que le Maire revienne à la raison sur la question du stade et de l’urbanisme. Et sur le fond vous auriez raison. Mais sur la forme, quel pied de nez fait à la démocratie si ces renoncements venaient à se confirmer ! A n’en pas douter, la confiance des habitants envers leurs représentants serait encore affaiblie…

Vouloir préserver la planète ne donne pas un blanc-seing éthique. Sans doute suis-je « vieux monde », mais je crois que les élus, écologistes ou non, doivent tenir ce qu’ils promettent.

Pour Pierre Hurmic, la com’ et l’idéologie passent avant les vrais sujets

Le nouveau Maire de Bordeaux a tenu sa conférence de presse de rentrée pour faire l’annonce de ses premières mesures et au passage faire taire le sentiment montant d’inaction ; sentiment partiellement injuste compte-tenu de sa récente élection.

Hélas, le moins que l’on puisse dire, c’est que le compte n’y est pas : pas mot pour le monde de la culture et du spectacle (en grande souffrance), pas un mot sur les solidarités, pas un mot à l’attention de nos grands secteurs économiques (viticulture, aéronautique, événementiel…) en proie à d’importante difficultés…

J’ajoute que contrairement à sa promesse d’une « démocratie permanente », les membres du Conseil Municipal n’ont pas été informés de la situation sanitaire ou sécuritaire depuis son élection !

De cette conférence de presse, je retiens 3 faits marquants :

-tout d’abord, la faiblesse des annonces en matière de sécurité, LE sujet prioritaire aujourd’hui à Bordeaux : refus accroître la vidéoprotection, refus de débattre de l’armement de la Police Municipale… Pierre Hurmic est plus à l’aise pour nous dire ce qu’il ne va pas faire que ce qu’il va faire pour notre sécurité. Et les quelques mesures annoncées ont été initiées en 2019 : « création » de la brigade VTT (elle existe) ou de la brigade canine, recrutement de policiers municipaux supplémentaires… Clairement, la réponse politique n’est pas à la hauteur de la dégradation continue du contexte sécuritaire à Bordeaux, singulièrement depuis le déconfinement. Sortons de l’angélisme !

-ensuite, le nouveau Maire fait de la « récup » et annonce des mesures qui correspondent à des décisions actées par notre équipe avant son élection : végétalisation de la place Pey Berland, nouvelles pistes cyclables sur les boulevards (notamment), espaces de stationnement sécurisés pour les vélos, charte de l’arbre…

-enfin, sans doute en accord avec ses collègues maires écologistes, une forme de dogmatisme le conduit à prendre des décisions clivantes, inutiles et tristes, comme la suppression du sapin de Noël des Bordelaises et des Bordelais, place Pey Berland, remplacé par un spectacle vivant au motif qu’il est « un arbre mort »… Et bien évidement, ce coup de com’ est l’arbre qui cache la forêt des vrais problèmes de notre ville.

Cette dernière décision est absurde pour 3 raisons : d’abord, c’est une entorse à la traditionnelle magie de Noël ; ensuite, elle abîme l’image de Bordeaux privant de nombreuses familles venues de toute la Gironde d’un moment féerique et populaire ; enfin, elle se fonde sur un argument absurde : les « arbres morts » (!!!), autrement dit « du bois », sont présents dans notre quotidien et représentent par ailleurs un secteur économique majeur dans notre région. Les forêts dont sont issus ces sapins son gérées durablement.

Si défendre la présence d’un sapin à Noël apparaît comme une position « vieux monde », alors j’assume complètement ! Vous pouvez d’ailleurs vous mobiliser avec moi pour le retour du sapin en signant cette pétition.

Je ne suspecte par Pierre Hurmic de vouloir attaquer une tradition religieuse car je connais ses convictions en la matière. Mais je regrette qu’il amalgame l’idéologie prônée par certains de ses soutiens avec l’intérêt général des Bordelaises et des Bordelais*.

Bref, le costume de Maire paraît bien grand pour l’homme que j’ai entendu faire sa rentrée.

* Rien ne remplace le sapin de Noël ! Mais sur ce sujet, je ferai une contre-proposition constructive qui relève du bon sens : je ne m’oppose pas à la tenue de nouvelles animations de Noël bien évidemment mais cela n’empêche en rien la présence du sapin, sous une forme naturelle ou plus moderne (par exemple, une installation métallique figurative comme il en existe dans d’autres villes).