Une ville à deux vitesses

Une ville à deux vitesses

Une ville à deux vitesses

Pourquoi sommes-nous heureux à Bordeaux ? Le climat est clément, la ville est belle mais l’essentiel n’est pas là. Chez nous, la vie est douce car nous avons la culture du dialogue et du respect de la différence : une forme de concorde bordelaise qui s’est illustrée pendant de nombreuses années par un projet de ville rassembleur. Cette unité était même la condition nécessaire à la métamorphose de Bordeaux.

Ce temps est définitivement révolu. Le projet de mandat de Pierre Hurmic, présenté hier en Conseil Municipal, en atteste tristement.

Si je partage certaines des propositions de la nouvelle municipalité (plan piéton, rénovation des barrières et des boulevards, extension du stationnement résidant en concertation, schéma de la vie du fleuve, création de piscines...), je regrette que le projet du Maire fasse l’apologie de la décroissance : haro sur le rayonnement, haro sur l’attractivité, haro sur le développement économique et démographique.

Pourtant, proximité et attractivité ne s’opposent pas. Par le passé, tout en réalisant des équipements majeurs (cité du vin, stade Matmut, LGV…), 70% du budget d’investissement était consacré aux équipements de proximité (écoles, crèches, lieux culturels, gymnases…); le tout, sans dégrader les finances de la ville comme un récent audit nous l’a confirmé.

Ne s’intéresser qu’a la proximité, qu’a la vie quotidienne, c’est nécessaire, et c’est sans doute très électoraliste, mais cela ne permet pas de dessiner pas un destin commun, de faire société. En réalité, proximité et attractivité sont les « deux jambes » d’une même politique municipale, l’une de va pas sans l’autre.

Par ailleurs, dans ce projet, il y a de grands absents qui sont autant de renoncements dorénavant définitifs : il n’est plus question de vente du grand stade, de moratoire sur la construction des nouveaux quartiers ou de limitation des paquebots de croisières…

Au-delà des mots que contient ce projet, les actes récents du Maire en disent beaucoup plus long :

-volonté d'arrêter toutes les navettes Air France Bordeaux-Paris (200 emplois déjà supprimés) ;

-remise en cause de l’existence même de l’agence de développement économique « Invest in Bordeaux », en pleine crise ;

-absence de soutien et de reconnaissance envers la filière viticole (quasiment absente du projet de mandat débattu en Conseil Municipal…) ;

-refus de soutenir notre club de foot, les Girondins ;

-volonté d’encadrer les loyers, un dispositif que ne fonctionne nulle part ;

-remerciement du Directeur Général de l’Opéra Marc Minkowski et occupation dangereuse du Grand Théâtre, autorisée par la mairie… ;

Ces actes, par touches impressionnistes, dessinent cette vision décliniste et décroissante de la ville avec laquelle je suis en complète opposition. Je pense que Bordeaux doit demeurer attractive et agréable à vivre, pas décroissante et repliée sur elle-même. Or, l’attractivité et le cadre de vie ne s’opposent pas entre eux, ils ne s’opposent pas non plus aux impératifs environnementaux si nous conservons la maîtrise de notre développement.

Une ville qui régresse démographiquement, parce qu’elle ne construit plus assez de logements, est une ville qui régresse tout court.

On ne nourrira pas notre ville en plantant des tomates sur les toits des immeubles de Mériadeck mais en travaillant avec les territoires voisins pour favoriser les (vrais) circuits courts.

En vérité, en lisant ce projet de mandat, j’ai ressenti un profond malaise. Ce n’est pas le projet d’un mandat au service de tous les habitants, c’est le projet d’un camp : 26 500 citoyens qui ont voté pour Pierre Hurmic, contre 150 000 électeurs et 250 000 habitants.

Celui qu’il peut aller au travail en vélo, amener ses enfants à pieds à l’école ou payer en monnaie locale se sentira sans doute concerné par les nouvelles orientations de la municipalité. Mais celui qui devait prendre la navette Air France pour aller à Paris, qui est obligé d’aller travailler en voiture à Mios ou à Blaye, ou bien qui l’aime bien ce grand stade, à celui-là, ce projet ne s’adresse pas.

Rien de grand, rien de fort ne se réalise sans rassemblement, sans unité. Opposer les habitants les uns aux autres, c’est bâtir une ville à deux vitesses, une ville fracturée, et cela est intimement contraire à l’esprit bordelais.

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