Les leçons du Sénat

Bien qu’elle soit moins observée que les autres élections, notamment par nos concitoyens, l’élection sénatoriale qui s’est tenue hier en Gironde est riche d’enseignements.

D’une part, au niveau local avec la réélection de 5 sénateurs sortants sur 6, comme au niveau national, ce scrutin est celui de la stabilité. Une conséquence logique des élections municipales où une large majorité de Maires ont été réélus, notamment dans la ruralité. Si certains dénoncent une forme d’immobilisme, je crois au contraire que cela nous rappelle la grande confiance des électeurs envers leur Maire dans la plupart des communes de France. 

Je félicite chaleureusement les 6 sénateurs qui vont dorénavant représenter la Gironde à Paris : Laurence Harribey (PS), Hervé Gillé (PS), Nathalie Delattre, Alain Cazabonne, Florence Lassarade (LR) et Monique de Marco ( EELV). Nous comptons sur eux pour que vive l’esprit girondin dans la capitale.

Ensuite, cette élection en Gironde est un succès pour les centristes et les modérés avec la réélection de Nathalie Delattre (membre du Mouvement Radical) et d’Alain Cazabonne (membre du Mouvement Démocrate) au Palais du Luxembourg. Je leur adresse toutes mes félicitations ! Comme quoi, le travail et la fidélité finissent toujours par payer, c’est sans doute le principal enseignement de ce scrutin. Nathalie et Alain voient ainsi leur intense campagne de terrain largement récompensée. Autant dire qu’après les échecs de juin dernier, la soirée d’hier m’a mis du baume au cœur !

Bien que ce déroulant au scrutin indirect, cette élection confirme que le choix des personnes est déterminant, avant sans doute celui des étiquettes, pour les scrutins locaux. Les votes des élus modérés et progressistes, de droite comme de gauche, se sont fortement portés vers Nathalie et Alain en raison de leur expérience et de la confiance qu’ils ont su faire naître.

Enfin, la liste “Résolument Girondins” a su dépasser les clivages partisans habituels pour former un vrai rassemblement, du centre droit au centre gauche. Or, l’unité est attractive, plus que les aventures personnelles ou d’étiquette.

Puissions-nous ne pas oublier ces deux derniers enseignements pour bâtir notre stratégie lors des élections départementales et régionales de 2021.

Regarder devant

L’été est pour moi un moment de repos suspendu « hors du temps » dont j’espère que vous avez tous pleinement profité. Cette année, la pause estivale fut particulièrement salvatrice pour moi. Après cette élection au calendrier unique dans l’histoire politique, la gestion de la crise COVID-19 et pour finir la défaite, j’avais besoin de repos.

Faible participation, « vague » verte, crise sanitaire, candidature LREM au 1er tour et alliance ratée entre les deux tours, les erreurs que nous avons commises…etc… Bref, à posteriori les raisons de la défaite sont nombreuses et connues, elles forment un « cocktail » dans lequel chaque ingrédient pèse plus ou moins, selon les analyses et les analystes, mais le résultat est le même. Je crois avoir analysé toutes ces raisons, sans pour autant qu’il soit nécessaire d’y revenir sans cesse. Dorénavant, il faut regarder devant.

J’aborde cette rentrée avec sérénité et fort d’une énergie retrouvée. J’ai mis à profit les moments de repos pour penser à l’avenir, plus ou moins lointain, et plus particulièrement à ce qu’il convenait d’organiser pour réussir ce nouveau mandat dans l’opposition. Et bien sur, j’aurai besoin de vous, nous allons prendre le temps de nous organiser dans les mois qui viennent.

Durant 6 ans, je compte jouer pleinement mon rôle de Conseiller Municipal et Métropolitain de Bordeaux pour faire entendre la voix des électeurs qui nous ont fait confiance. Je siégerai dans l’opposition mais je souhaite porter une parole constructive et collective. Ma nature modérée perdure.

Il convient tout d’abord de faire un constat : malgré le contexte singulier qui a porté Pierre Hurmic à la Mairie, il est légitime. Nous devons accepter l’alternance si nous voulons être une alternative en 2026.

Bien évidemment, les premiers pas de la nouvelle équipe me laissent pantois… Mais le temps de la critique n’est pas complètement venu. Cependant, trois tendances m’interpellent particulièrement :

-en France d’abord, la naissance d’une « pensée unique verte », contre laquelle il serait impossible d’aller au motif que la sauvegarde de la planète ne se discute pas. De mon point de vue, cela représente un rétrécissement de la pensée que je n’accepterai jamais. Car, si la préservation de l’environnement est un objectif qui doit faire consensus, il n’est pas le seul et les solutions pour y parvenir relèvent pleinement du débat public au sein duquel le pluralisme politique doit s’exprimer ;

-à Bordeaux ensuite, le renforcement d’une fracture territoriale et sociale entre les personnes et les quartiers, amplifiée par la faible participation aux élections municipales. Je m’inquiète de constater que ni les classes et quartiers populaires, d’habitude prompts à voter à gauche, ni les catégories sociales les plus aisées ne se reconnaissent dans l’écologisme municipal. La partie « médiane » de la population peut-elle décider contre le reste de la ville ? Gouverner, c’est d’abord savoir rassembler.

-enfin, je note que sur de nombreux sujets, Pierre Hurmic est rattrapé par la réalité, si bien que ses promesses de campagne semblent éloignées de ses premiers actes : le retour des arbres en pots tant critiqué par le candidat Pierre Hurmic en 2019, une surprenante coupe d’arbres au Grand Parc, les inquiétudes de Darwin, la progression de l’insécurité…

Deux sujets majeurs doivent faire l’objet d’un débat de fond en cette rentrée : d’une part la mise en œuvre concrète des mesures de soutien à notre économie locale en grande difficulté face à la crise et d’autre part la dégradation continue du contexte sécuritaire à Bordeaux. Sur ce dernier point, comme l’a proposé mon collègue Thomas Cazenave, je réclame la tenue d’un Conseil Municipal exceptionnel.

Je vous souhaite une bonne reprise à toutes et tous !

Après la défaite

Quinze jours déjà qu’une nouvelle majorité municipale s’est installée au Palais Rohan pour pendre les rênes de la ville de Bordeaux.
Quinze jours déjà que le temps s’est ralenti : je suis passé brutalement du rôle d’acteur à celui de spectateur, mais un « spectateur engagé » pour reprendre le titre d’un livre d’entretiens de Raymond Aron qui ne me quitte jamais.
Quinze jours durant lesquels j’ai vu des scènes et ressenti des émotions que je souhaite partager avec vous.

D’abord il a fallu vider le bureau que j’occupais à la mairie. Je ne dis pas « mon bureau », je n’ai jamais trop utilisé cette formule car une collectivité n’appartient pas aux élus qui la gouvernent temporairement. Nous sommes de passage. En quelques heures, c’était fait. Car malgré douze années à occuper un bureau municipal, je m’étais toujours gardé de trop « m’installer » pour ne pas me croire chez moi.

Préparer son départ et faire ses cartons, c’est croiser et recroiser les regards tristes et parfois humides des dizaines de collaborateurs avec lesquels nous avions naturellement tissé des liens de confiance et parfois d’amitié. Quelques heures après la défaite, il faut savoir trouver des mots réconfortants pour les autres alors qu’on les cherche encore pour soi-même.

Jeudi soir, après la défaite, j’ai jeté un dernier regard sur ces espaces si familiers, j’ai embrassé une dernière fois mes collaborateurs puis j’ai descendu le grand escalier du palais Rohan en sachant que demain s’écrirait une nouvelle page de mon engagement pour Bordeaux.

Le défaite acceptée, il faut savoir savourer quelques moments heureux : des cadeaux inattendus en guise de remerciements, des temps de travail studieux avec les collègues de l’opposition autour de Nicolas Florian pour évoquer l’avenir, des centaines de messages chaleureux et touchant reçus d’habitants et d’acteurs culturels qui regrettent votre départ… Et puis s’asseoir seul à la terrasse d’un café pour regarder Bordeaux et se dire tout simplement : non, tout cela n’est pas terminé. Les 25 000 citoyens qui ont voté pour nous doivent être entendus.

Le premier Conseil Municipal consacré à l’élection du Maire a été particulièrement traumatisant. Plusieurs élus de notre groupe ont été hués par le public, sans qu’aucune réprobation ne soit exprimée par la nouvelle équipe municipale visiblement débordée par l’ampleur du phénomène. Du jamais vu.
Au Conseil Municipal suivant, le nouveau maire rappellera les règles mais le mal était fait. Dans l’enceinte d’une assemblée démocratiquement élue, chacun est légitime et doit être respecté pour ce qu’il représente.

L’élection des adjoints fut pour moi l’occasion d’une première intervention sous forme d’étonnement : aucun adjoint au maire ne sera chargé du Patrimoine. Dans une municipalité comme Bordeaux, labellisée ville d’art et d’histoire, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et qui compte le plus grand nombre de monuments historiques en province, cette absence est une grave incongruité qui m’inquiète pour l’avenir et qui j’espère sera corrigée. Aucun adjoint non plus pour les ressources humaines, la propreté, la politique de la ville, les mobilités… en revanche « la gouvernance par l’intelligence collective » trouve étonnement sa place dans une délégation d’adjoint… Une appellation du nouveau monde sans doute.

Parmi les maigres responsabilités auxquelles peut prétendre un élu d’opposition, j’ai souhaité continuer de siéger au Conseil d’Administration de l’Opéra National, une institution majeure que la nouvelle équipe souhaite mettre au « vert » et transférer à la Métropole. Orage en vue. Je veillerai à préserver cette maison et les artistes, techniciens et agents qui la font vivre. Des changements sont sans doute souhaitables, j’en ai réalisé certains et beaucoup sont sur les rails. Mais gardons-nous de vouloir faire table-rase d’une institution deux fois centenaire qui accueille plus de 200 000 spectateurs par an (dont 50 000 enfants), et qui est le plus gros employeur artistique de notre région.

Les jours qui viennent me permettront de revenir vers vous puisqu’un nouveau Conseil Municipal et deux Conseils de Bordeaux Métropole devront se réunir. Un mois de juillet somme toute assez studieux.

Il y aura d’autres printemps !

« Nous vivions dans la crainte, nous allons vivre dans l’espoir. »
Tristan Bernard

Ce fut un véritable choc. Du début de la campagne jusqu’aux premières minutes du dépouillement, rien ou presque ne laissait entrevoir un tel résultat. Passées la sidération et la déception, il faut se souvenir que la politique est un sport cruel et injuste. Je l’ai accepté depuis le jour où je me suis engagé dans ce monde passionnant et brutal, je connais les règles du jeu, même si cela ne rend pas la situation plus facile à vivre.

Bordeaux change de Maire et d’équipe municipale, c’est le choix démocratique des Bordelaises et les Bordelais, nous devons le respecter. J’adresse à Pierre Hurmic mes félicitations républicaines pour son élection. Je souhaite que Bordeaux réussisse.

Cette élection est aussi le fruit d’un contexte inédit. Traditionnellement, l’élection municipale est moins partisane, elle donne une prime au sortant et l’abstention est faible. Rien de tout cela ne s’est vérifié le 28 juin 2020.

Et maintenant ?
D’abord, rester digne, souffler, remercier toutes celles et ceux qui travaillent avec moi et me soutiennent (ils sont nombreux, fidèles, efficaces) et assumer la passation avec la nouvelle équipe. Je me tiens à la disposition du nouveau Maire pour lui transmettre les dossiers en cours et répondre à toutes ses questions.

Ensuite, analyser les raisons de cette défaite. Elles sont nombreuses, comme les ingrédients d’une mauvaise recette, sans qu’il soit facile de dire lequel pèse le plus lourd dans ce résultat. J’accepte toutes les critiques, j’encaisse tous les coups, sans les rendre. Cette profonde remise en cause est le socle sur lequel nous bâtirons les futures victoires et la reconquête en 2026.
Enfin, remonter sur le cheval et faire œuvre de cohésion autour de Nicolas Florian et des 10 élus de notre groupe d’opposition. Plus de 25 000 citoyens ont voté pour nous : il convient dorénavant de les représenter et de faire entendre leur voix. Nous serons les défenseurs du bilan d’Alain Juppé, salué de tous, mais également une force de proposition pour l’avenir afin que Bordeaux ne perde ni son rayonnement, ni son attractivité, ni son cadre de vie.

Je veux tout particulièrement m’adresser aux artistes, associations et acteurs culturels avec lesquels je travaille depuis 6 ans : quel chemin parcouru ! Si tout n’est bien sûr pas parfait, je veux les remercier pour leur engagement sans faille et leur dire ma fierté d’avoir œuvré modestement à leurs côtés. Je suis confiant pour l’avenir, nous avons semé de nombreuses graines à même d’assurer le développement culturelle et artistique de notre cité. Je continuerai bien sûr d’être à leur écoute et de les défendre durant ce nouveau mandat.

Je pense bien évidement aussi à mes voisins, amis et administrés du quartier Nansouty / Saint-Genès, que je vais continuer d’habiter et sillonner avec bienveillance. De belles idées méritent d’être concrétisées pour le rendre encore plus agréable à vivre.

Dans ce « nouveau monde », tous les repères politiques semblent disparaître les uns après les autres, sauf un : la fidélité à ses idées. Je suis centriste, girondin et européen, fier de militer aux côtés de François Bayrou. Mes derniers mots seront donc pour ma famille politique, le Mouvement Démocrate, dans laquelle je demeure pleinement engagé.

Il y aura d’autres printemps !