
Incendies en Gironde
Depuis plusieurs jours, notre département traverse une épreuve d’une violence exceptionnelle. Des dizaines de milliers d’hectares ont été parcourus par les flammes. Des centaines de milliers de personnes ont dû quitter leur domicile, leur lieu de vacances ou leur hébergement. Des familles vivent dans l’incertitude. Des professionnels voient, parfois en quelques heures, le travail de toute une saison remis en cause.
Mes premières pensées vont naturellement aux habitants directement touchés, aux personnes évacuées, à celles et ceux qui ont perdu leur maison, leur outil de travail ou une partie de leur territoire familier.
Elles vont également aux sapeurs-pompiers, aux forces de sécurité, aux personnels de santé, aux agents publics, aux bénévoles et à tous ceux qui luttent sans relâche contre les incendies, parfois au péril de leur vie. Leur courage et leur engagement forcent notre admiration et notre reconnaissance.
Le feu est aujourd’hui considéré comme stabilisé, mais il n’est pas encore fixé. Des reprises continuent d’être constatées, tandis que la récente hausse des températures et le renforcement du vent entretiennent l’inquiétude. Des évacuations préventives ont encore été décidées, notamment dans des campings, des résidences de tourisme et des villages de vacances.
La situation reste donc fragile, évolutive et profondément humaine.
Une mobilisation immédiate de l’Office de tourisme
En tant que président de l’Office de tourisme et des congrès de Bordeaux Métropole, je veux également saluer la mobilisation de nos équipes.
Trois de nos salariées ont elles-mêmes dû être déplacées en raison des incendies. Leurs situations personnelles ont heureusement pu être prises en charge. Cet événement nous rappelle que, derrière chaque institution, chaque entreprise et chaque chiffre, il y a d’abord des femmes et des hommes directement confrontés à cette crise.
Une cellule de coordination fonctionne désormais au sein de l’Office de tourisme. Nos équipes répondent aux interrogations des visiteurs, adaptent en permanence notre communication, relaient uniquement des informations vérifiées et décident quotidiennement du maintien ou de l’annulation des visites et des activités.
Un point opérationnel est organisé chaque matin à 8 heures, notamment pour tenir compte de l’évolution de la qualité de l’air. Les fumées affectent en effet une partie de la Gironde et peuvent conduire à modifier les activités extérieures ou les visites guidées.
Nous sommes également en contact régulier avec les offices de tourisme des territoires concernés, le Club hôtelier de Bordeaux Métropole et les prestataires d’activités. Certains n’ont pas pu ouvrir ou assurer leurs prestations. L’excursion programmée dans le Médoc a, par exemple, dû être annulée.
Dans ce contexte difficile, une solidarité spontanée s’est aussi organisée entre les hôtels situés à l’intérieur et à l’extérieur de la rocade afin d’accueillir des personnes évacuées ou contraintes de quitter leur hébergement. Je veux remercier très sincèrement l’ensemble des professionnels qui ont ouvert leurs portes et se sont rendus disponibles.
Un message d’information et de soutien est par ailleurs adressé aux quelque 500 adhérents de l’Office de tourisme. Une enquête est engagée afin de mesurer précisément les annulations, les pertes d’activité et les difficultés rencontrées.
Une crise humaine qui devient aussi une crise économique
Il serait naturellement indécent de parler d’économie sans rappeler que la protection des populations et le combat contre les flammes demeurent la priorité absolue.
Mais il serait également irresponsable d’ignorer ce qui est en train de se produire pour des milliers de professionnels.
Les premières remontées font état d’annulations très importantes dans l’hôtellerie, la restauration et les activités touristiques. Dans certains établissements haut de gamme, notamment ceux qui accueillent une clientèle internationale, la baisse pourrait atteindre 50 %. Dans les autres catégories hôtelières, elle serait comprise entre 25 et 30 %. Certains restaurateurs et prestataires touristiques évoquent également des pertes pouvant approcher 50 %.
Ces chiffres doivent être considérés avec prudence. Il s’agit d’estimations provisoires issues des premières remontées professionnelles, dans l’attente des résultats consolidés de l’enquête menée auprès des adhérents de l’Office de tourisme.
Mais une tendance préoccupante se dessine déjà : les nouvelles réservations se sont presque interrompues.
La difficulté ne concerne plus seulement les communes directement menacées par les incendies. Des annulations sont signalées dans le Médoc, le Libournais, à Saint-Émilion et à Bordeaux, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres des foyers. Sur la presqu’île du Cap-Ferret, l’activité est presque entièrement à l’arrêt du fait des évacuations et des fermetures.
Or le tourisme représente environ 7 % du produit intérieur brut girondin, plus de 40 000 emplois et près de 3,2 milliards d’euros de retombées économiques directes.
Derrière ces données se trouvent des saisonniers, des salariés, des artisans, des commerçants, des restaurateurs, des hôteliers, des guides, des viticulteurs et des responsables de petites entreprises. Pour beaucoup d’entre eux, les mois de juillet et d’août déterminent l’équilibre économique de toute une année.
Informer avec précision, sans jamais minimiser le danger
Dans une telle situation, la parole publique est difficile. Elle doit d’abord protéger. Les consignes données par les services de l’État répondent à un impératif évident de sécurité, de fluidité des routes et de libre circulation des secours.
Elles doivent être respectées sans réserve.
Mais dès que la situation le permettra, il sera indispensable de territorialiser davantage l’information. Toute la Gironde n’est pas évacuée. Toute la Gironde n’est pas fermée. Toute la Gironde n’est pas directement menacée par les flammes.
Nous devons pouvoir distinguer clairement les zones interdites ou évacuées, les secteurs accessibles sous certaines conditions et les territoires dans lesquels les hôtels, les restaurants et les sites touristiques restent ouverts.
Il ne s’agit ni de minimiser la catastrophe ni d’appeler prématurément les visiteurs à revenir. Il s’agit de délivrer, jour après jour, une information exacte, responsable et actualisée.
À défaut, le risque est que l’ensemble de la destination Bordeaux-Gironde soit durablement perçu comme inaccessible ou dangereux. Les conséquences pourraient alors se prolonger au-delà du mois d’août et affecter également septembre, les vendanges et l’arrière-saison.
Préparer dès aujourd’hui la solidarité économique et la relance
Un groupe de travail girondin est en cours de constitution avec la Chambre de commerce et d’industrie de Bordeaux-Gironde, le Comité régional du tourisme, le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, le SIBA, Médoc Atlantique et les différents offices de tourisme concernés.
Le Comité régional du tourisme assure également le lien avec Atout France et les services de l’État.
Cette coordination est indispensable. Aucun territoire, aucune institution et aucun professionnel ne pourra affronter seul les conséquences de cette crise.
Je souhaite une mobilisation autour de cinq priorités :
- Participer à un plan collectif de communication et de relance, avec une enveloppe financière pouvant être mobilisée rapidement lorsque les conditions de sécurité permettront de reprendre la promotion de la destination.
- Réunir les acteurs économiques et touristiques métropolitains afin de disposer d’une évaluation consolidée des annulations, des pertes de chiffre d’affaires et des besoins de trésorerie.
- Étudier un dispositif exceptionnel de soutien aux entreprises, dans le cadre des compétences économiques de la Métropole et en complément des interventions de l’État et de la Région.
- Demander une information publique plus précise et territorialisée, dès que la situation le permettra, afin de distinguer les zones directement touchées du reste du département.
- Préparer une campagne de réassurance fondée sur des faits vérifiables : accessibilité de Bordeaux, qualité de l’air, établissements ouverts, activités maintenues et diversité des destinations girondines.
Le moment venu, nous devrons dire avec justesse et responsabilité que la Gironde reste debout. Que ses habitants, ses professionnels et ses territoires ont besoin de soutien. Et que venir séjourner dans les secteurs accessibles pourra aussi constituer une forme concrète de solidarité.
Pour l’heure, l’urgence demeure de protéger, d’accueillir, d’informer et de soutenir celles et ceux qui combattent les incendies ou en subissent directement les conséquences.
Mais nous devons également anticiper dès maintenant l’urgence économique qui se dessine.
Face à cette épreuve, nous devons être unis, lucides et solidaires. La Gironde aura besoin de toutes ses forces pour réparer, accompagner et reconstruire. Bordeaux et sa Métropole devront être pleinement au rendez-vous.


