[Voeux 2017] Belle année à toutes et tous !

“C’est une erreur de ne pas croire et une faute de tout croire.” – Fernando de Rojas

Cette longue file d’attente dans la cour de l’hôtel de ville pour s’inscrire sur les listes électorales est un signe qui ne trompe pas, comme à l’approche de chaque élection présidentielle. Si vous jugez sévèrement vos élus, à raison, l’envie de participer, de décider et d’agir est, chez beaucoup d’entre vous, intacte.

2017 sera une année capitale, pour la France et pour Bordeaux comme l’annonce judicieusement cette carte de vœux. À vous, vos proches et ceux que vous aimez, j’adresse 3 vœux :

– puissiez-vous demeurer toujours en bonne santé et épanoui. La recette unique du bonheur n’existe pas mais il faut souvent, pour l’approcher, savoir rester près de l’essentiel : terre, famille, amis, idéaux.

– conservez, quelle que soit l’évidence, un esprit toujours critique pour savoir distinguer l’information de la désinformation, son corollaire, et ne jamais vous laisser envoûter par les marchands de rêves.

– gardez foi en l’avenir. C’est parfois difficile, je sais, mais “n’est vaincu que celui qui croit l’être”.

Belle année 2017.

Amitiés,

Fabien Robert

Meeting parisien

Le résultat des élections américaines occupe encore les esprits. La démagogie y aura affronté le populiste, la démocratie y a-t-elle gagné ? Ceux qui surfent sur les craintes et la désinformation, les théoriciens du complot, tentent de rameuter les laissés-pour-compte pour qui l’espoir est partout sauf dans le réel, parce que la réalité les déçoit. Cela donne une densité particulière à cette soirée parisienne au Zenith.

Ce meeting à la Villette, dont la route d’accès a un goût de bouchon, va rassembler 6500 personnes, puisque la salle est comble et que c’est sa capacité. Il y a sans doute quelques milliers de personnes devant leurs écrans pour écouter en direct.

Avec un groupe de bordelais inconditionnels, nous sommes assis tout au fond, en haut, à un poste d’observation qui donne une vue impressionnante sur cette soirée. A chaque fois que le mot « Bordeaux » est prononcé dans un discours, nous donnons fièrement de la voix. Ce n’est pas un concert de Rockstar mais les fans sont néanmoins venus.

Le discours d’Alain Juppé a été largement diffusé et commenté, et la charge contre l’extrême droite est sévère, tout comme celle contre les intégristes. Les uns et les autres sont aux antipodes du rassembleur qu’est Alain Juppé, par le contenu de leurs idéologies, et le fait qu’elles ciblent les plus inquiets, les plus sensibles aux drames du monde. Poussées à l’extrême, toutes les solutions, mises en application de façon littérale, sont des catastrophes en devenir. C’est face à cela qu’il faut rester courageux, fort, et ne sombrer ni dans la crainte des menaces, ni dans la soumission à ceux qui veulent les éradiquer, souvent après les avoir créées.

Ce combat commence, et Alain Juppé, qui a fait de Bordeaux la ville apaisée que nous connaissons, veut appliquer sa recette au pays.

Comme Bayrou, comme Fillon, comme NKM et d’autres, il persiste à croire que les français feront le choix du courage et de l’intelligence. Gagnera-t-il ? S’il perd face à un autre, le FN gagnera. Nous rejoindrons alors un monde « apaisé », dans lequel Poutine, Trump, Le Pen, et bien d’autres encore pourront réprimer tout ce qu’ils ont désigné, tout ce qui fait peur, tout ce qui est différent et forme consensus : les autres, aux croyances, aux pratiques et aux faciès reconnaissables. L’histoire se répète. Et l’apaisement sera de courte durée.

Ceci n’arrivera pas si… Alors mobilisation générale pour dimanche !

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Impressions de campagne

L’île aux impressionnistes, choisie par Alain Juppé pour y faire sa rentrée, fut longtemps le point de rendez-vous des artistes qui refusaient l’académisme pictural préférant faire souffler un vent de liberté sur la peinture avec des angles de vue nouveaux, une attention particulière au mouvement, une simplicité dans les formes… Difficile de ne pas esquisser une comparaison avec la pensée et la personnalité du candidat que 2000 personnes sont venues soutenir dans cette dernière ligne droite.

Les rassemblements politiques ont leurs codes, leurs figures imposées, si bien qu’ils finissent par tous se ressembler. Hier, l’ambiance était singulière, à la fois champêtre et sérieuse, sous un soleil de plomb, dans un environnement d’une grande simplicité : tables et chaises de jardin, quelques voiles tendues sur des bambous en guise d’abris et paella sur l’herbe pour tout le monde. L’homme politique préféré des français fait dans la simplicité, loin des shows à l’américaine qui sonnent creux.

Alain Juppé, en bras de chemise, ne se fait pas prier. Très présent, détendu et à l’aise dans ses bottes, il va de table en table au milieu des militants et bénévoles qui veulent tous leur photo avec lui. Il se prête à l’exercice avec joie, cela se lit sur son visage et celui d’Isabelle.

La simplicité du cadre et de l’organisation (qui, l’espace d’un bref instant, pourrait nous faire douter d’être chez le favori) n’enlève rien à la détermination de l’homme. Dès le matin, ces premières prises de parole improvisées sont percutantes : “On me reprochera peut-être d’être mou. Pourtant, l’autorité, ce n’est pas l’agitation”. Les applaudissements fusent, l’entrée en campagne ratée de l’homme de Neuilly est dans tous les esprits.

Alain Juppé, dans les simples apartés comme lors de son discours va marteler quelques-unes de ses idées maîtresses : plus d’autonomie pour les enseignants, simplification des règles qui cadenassent notre économie, valorisation de l’apprentissage au sein de véritables “universités des métiers”, des crédits nouveaux pour nos armées, maîtrise des flux migratoires…

Le propos devient forcément solennel lorsqu’il aborde la laïcité, un principe fondamental si bousculé ces temps-ci : “la République respecte la liberté de croire ou de ne pas croire à condition que les religions respectent les valeurs et les lois de la République, à commencer par l’égalité entre les femmes et les hommes”. L’islam est abordé avec maîtrise et gravité : “Les Français musulmans pratiquants doivent se doter d’une organisation qui leur permette de dialoguer avec les pouvoirs publics. Nous devons poser les bases d’un accord avec les musulmans qui nous permette de vivre ensemble […]. Je refuserai toujours d’instrumentaliser les peurs, de flatter les bas instincts”, prônant une campagne “d’espérance, de vérité, de transparence”. Les mots sont simples et précis, ils convaincront sans peine.

Alain Juppé rappelle qu’il ne souhaite pas moins d’Etat mais “mieux d’Etat”. Un État fort, respecté et efficace, est un état qui se concentre sur les tâches essentielles et qui sait faire confiance en déléguant à chaque fois que cela est nécessaire. Il dénonce avec force ces “lois de circonstances”, pour répondre à telle ou telle polémique, qui ne font que jeter de l’huile sur le feu, quand elles ne sont pas invalidées… Le sang froid de l’homme d’Etat.

Mais ce que souhaite Alain Juppé par dessus tout, c’est agir vite, par la promulgation d’ordonnances qu’il rédige déjà, non pas pour contourner le Parlement mais pour redonner confiance aux français. C’est la condition première de réformes réussies. Les premiers jours du mandat seront déterminants.

L’ambiance de la journée aura été à l’image de la campagne, “joyeuse et conquérante”. Malgré une chaleur écrasante, on regrettera de devoir se séparer (momentanément). Jean-Pierre Raffarin, souriant et bonhomme, entouré de chaises blanches, semble décidé à poursuivre les discussions avec tous les militants qui le souhaitent. Alain Juppé lui, le regard loin, est déjà ailleurs. Chatou est une rentrée réussie mais il reste 3 mois, une éternité, pour rassembler largement et gagner, sans répondre aux attaques et sans cesser de dire la vérité.

Remuer la cuillère

Demain dimanche, la 1ère édition du Festival « Bordeaux Open Air » investira le Jardin Public pour 4 après-midis dominicales, verdoyantes et ensoleillées, de musique électronique en liberté. Un rendez-vous familial et convivial pour changer l’image d’un genre à part entière, qui ne se limite pas aux sombres (et parfois sympathiques) boites de nuit branchées. Cet évènement, venu à mes oreilles par la voie la plus simple, une demande motivée et argumentée, imaginé par une équipe jeune et sérieuse, est soutenu par la municipalité en raison de son caractère prometteur et novateur à Bordeaux.

« Veilleurs aux confins»
Il faut écouter respirer la ville, observer les traces de l’émergence pour soutenir la création. C’est le 2ème axe du Document d’Orientation Culturelle de la ville de Bordeaux, « Favoriser la création et l’innovation », qui revêt un enjeu fondamental : promouvoir une grande diversité dans l’offre culturelle en veillant au renouvellement des talents. La ville, porte d’entrée naturelle des idées nouvelles, reçoit de plus en plus de projets, à l’image d’une ville dynamique qui accueille de plus en plus de créatifs, tous sérieusement analysés, mais forcement sélectionnés. Je crois, d’une manière générale, qu’il faut demeurer méfiant face à une idée présentée avec une habileté intellectuelle excessive, même (surtout !) lorsqu’il s’agit d’art. La motivation, l’acharnement même, font aussi la différence.

Bordeaux et l’émergence, autrefois dénommée « avant-garde », c’est une histoire ancienne. En 1965, alors que la belle endormie se laisse tranquillement bercer aux accents parfois monotones d’une vie culturelle uniquement dominée par la tradition et le bon goût, la ville est traversée par un électrochoc qui la bouleverse de part en part. En quelques jours, du 25 au 31 octobre 1965, le ressort est subitement cassé : Bordeaux qui jusque-là fonctionnait à la manière d’un automate vient tout simplement de se réveiller au rythme de SIGMA. Cette histoire se poursuit aujourd’hui dans des domaines aussi divers que la littérature, la musique amplifiée et électronique ou bien encore la BD.

Faire confiance, malgré tout
Soutenir l’émergence, c’est d’abord assumer le risque de faire des erreurs. On rappelle souvent que Jacques Chaban-Delmas eu le courage de faire confiance à Roger Lafosse, fondateur de SIGMA, une tornade dans un Bordeaux classique. On oublie en revanche de rappeler que ce même Maire éconduit poliment de jeunes artistes proposant la création d’un festival de la BD, à l’époque « art mineur », qui s’installera finalement à Angoulême…

Soutenir l’émergence, c’est lutter contre la tentation d’un repli identitaire et réactionnaire qui n’a jamais été aussi fort ces dernières années. Chaque proposition audacieuse défendue en Conseil Municipal fait l’objet d’attaques systématiques et caricaturales des élus d’extrême droite. Et pour cause, Ubis spiritus, ibis libertas, « Où est l’esprit est la liberté ».

Je consacre une part de mon énergie à l’écoute de ces vibrations nouvelles et à la confiance qu’il convient de leur accorder, en demeurant attentif à l’éclosion. Je le fais par plaisir et avec un enthousiasme total, un regard toujours neuf, convaincu que l’épanouissement personnel passe par la découverte de la beauté, notion au combien personnelle et subjective, celle d’un texte ou d’une œuvre, celle que me procure la musique par exemple. Je ne conçois pas ma vie sans livre ou sans théâtre car il ne nous reste que l’art pour ne pas périr devant la vérité (Nietzsche).

Agir
Evidemment, choisir c’est renoncer et s’exposer à la critique permanente et facile. Les sceptiques parlent toujours très fort et très tôt, dès qu’apparait une initiative nouvelle et applaudissent une fois le succès venu. Parfois peu de public lors des premières éditions (3000 personnes en 1965 pour SIGMA…), parfois des déficits… Il ne faut pourtant pas renoncer car, si la création artistique se nourrit de son public, la recherche du public à tout prix peut anéantir l’originalité.

Au-delà de ces convictions, la ville de Bordeaux agit et va continuer de demeurer attentive, dès cette rentrée où plusieurs actions se préparent, notamment :

– le nouveau « Festival International des Arts de Bordeaux Métropole », le FAB, véritable accélération du temps. L’actualité culturelle qui habituellement se déploie tout au long d’une saison, se condense brusquement sur une très courte durée. Cela implique une énergie exceptionnelle, tant pour le spectateur (qui pourra passer plusieurs jours de suite d’un spectacle à un autre) que pour l’organisateur, encore que pour ce dernier, le festival n’est que la partie visible d’un iceberg d’efforts déployés tout au long de l’année (par Sylvie Violan et son équipe) ;

– pour susciter encore plus d’envie, le lancement du projet Démos, un orchestre symphonique de 140 enfants issus des quartiers populaires de Bordeaux et de la Gironde. 2000 enfants ont déjà découvert la musique classique en France grâce à ce projet piloté par la Philharmonie de Paris et l’Opéra National de Bordeaux-Aquitaine ;

vignette_assos– une dizaine d’associations en ayant fait la demande se verront attribuer un local par la ville, s’ajoutant aux 200 associations déjà aidées financièrement ou techniquement;

– la ville aura le souci de « réhabiliter » les amateurs (je préfère d’ailleurs parler de non-professionnels) trop souvent opposés aux professionnels, notamment par l’entrée en phase opérationnel de « L’Amplificateur culturel », ouvert à tous ;

– la simplification des procédures, souvent décourageantes, sera une priorité. A la rentrée, je proposerai notamment aux différentes collectivités d’harmoniser et simplifier leur dossiers de demande de subvention ;

La liste n’est pas exhaustive, elle reflète quelques pensées de fin de congés sous la grisaille des Landes.

« Nous vivons dans un monde où il faut attendre que je sucre fonde » disait Henri Bergson. Roger Lafosse aimait ajouter : « Mais rien ne nous empêche, puisque cela n’est pas interdit, de remuer la cuillère ».
Alors, tous ensemble : remuons la cuillère.

Bonne année 2016 !

voeux 2« Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau. »
Alexis de Tocqueville

Tous les jours, il y a des raisons d’espérer. Bien sûr, des choses doivent changer, à commencer par notre vie publique et politique. Exprimons-nous, proposons, combattons, mais ne cassons pas tout avec l’espoir vain d’aller mieux. Rebâtissons ensemble la confiance.

A l’aube de cette nouvelle année, je vous adresse des vœux sincères de bonheur, de santé et d’espérance.

Bien à vous,

Fabien ROBERT

AGIR

Il est trop tard pour s’indigner et faire de grandes déclarations larmoyantes : ce résultat était attendu depuis des semaines.

Il faut agir d’abord pour le 2d tour lors duquel aucune voix ne doit manquer à la liste modérée, humaniste et pro-européenne capable de l’emporter. Comme François Bayrou, je pense que les listes arrivées en 3ème position doivent purement et humblement se retirer, la fusion ne ferait qu’aggraver le mal par d’insupportables tripatouillages. Cela ne suffira peut-être pas mais les français doivent sentir que les politiques ont compris le message et non qu’ils essaient de l’éviter.

En Aquitaine, Virginie Calmels peut  et va gagner à condition que les abstentionnistes se mobilisent et que les électeurs du FN comprennent que leur choix est une impasse. Il n’y a pas 22% de réactionnaires racistes dans notre grande Région ! Il y a une France qui souffre, paumée, loin des grandes villes et à qui plus personne ne parle. Alors Virginie a raison de leur adresser un message. La gauche bien-pensante criera au scandale mais justement, ne suivons pas son exemple, elle qui a abandonné des couches populaires aujourd’hui tombées dans les bras de l’extrême-droite.
Nous devons lutter ardemment contre ce parti qui se nourrit du malheur des gens sans pour autant ostraciser ses électeurs, citoyens à part entière, par le passé soutiens de la droite, de la gauche ou du centre mais aujourd’hui déçus.

Il faut agir ensuite pour empêcher le FN d’accéder à la Présidence de la République en 2017, un scénario devenu possible. Le message est clair : les français ne veulent plus de la guerre des camps. La solution demeure évidente selon moi. Elle était défendue par François Bayrou en 2012 et appliquée dans 11 pays européens : un gouvernement d’union nationale seul à même de redresser la France. A mes yeux, Alain Juppé, Président de la République rassembleur, à l’image de sa politique conduite à Bordeaux, peut incarner cet avenir.

La culture, cette arme puissante

En 1943, lorsque l’on proposa à Winston Churchill de diminuer le budget de la culture pour amplifier l’effort de guerre, il répondit tout simplement : « Mais alors, pourquoi nous battons-nous ? »
Passées l’émotion et l’exaltation collective, la France va continuer à s’interroger sur ses besoins réels en matière de sécurité, de défense, de renseignement… et, espérons-le, de culture.

Reconnaître le rôle irremplaçable de l’art et du patrimoine, tout particulièrement en ces temps troublés, c’est aussi mener le combat car notre civilisation est attaquée.
Nous sommes en guerre et dans cette forme nouvelle de conflit comme dans les plus traditionnelles, l’art est une arme redoutable. Faire rire, rêver ou réfléchir, c’est renforcer la Démocratie car « il n’y a pas de liberté pour l’ignorant » (Condorcet). Et les obscurantistes ne s’y sont pas trompés en s’en prenant toujours aux artistes, ces lanceurs d’alertes, souvent les premières victimes de la barbarie qu’ils dénoncent.

Face à l’inqualifiable, l’art et la culture permettent aux hommes de rester debout, de continuer à se projeter dans l’avenir, aussi sombre soit-il. Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de récits multiples. « La certitude rend fou » disait Freud or le fondamentalisme ne prospère qu’en imposant un sens unique aux textes et au monde, en combattant tous les discours qui prétendent défendre la diversité culturelle.

La culture entretient l’imaginaire public, ce « germe fécond du doute » si cher à Raymond Aron dont notre société à si ardemment besoin.

Nous sommes à la croisée des chemins. Dans un moment où « l’effondrement de la raison engendre des monstres » pour reprendre la formule de l’écrivain catholique Georges BERNANOS, il nous faut rebâtir nos politiques culturelles. Inventées par Malraux et poursuivit par Lang, elles sont aujourd’hui à bout de souffle.

Cela passe tout d’abord par une défense sans concession du rôle de la Culture, surtout en temps de crise. Il faut beaucoup d’arts pour « faire société ». Et dans un monde où l’on assiste à l’offensive de « l’argent absolu », certains comptables arrogants nous parlent toujours du coût de la Culture. Je ne répéterai jamais assez que ce n’est pas la Culture qui coûte cher mais bien l’absence de Culture.

Fabien Robert

Adjoint au Maire en charge de la Culture

Officier de réserve de l’armée de terre

Politiques culturelles : changeons de paradigme

pique-nique de quartier nassouty portrait fabien robertIl faut bien reconnaître que le rôle irremplaçable de la Culture, de l’Art et de la création dans la société moderne reste un combat. A l’heure où se succèdent les coupes budgétaires, sur fond de crise économique mondiale qui paraît endémique, il est urgent de rappeler que la Culture n’est pas un luxe : elle est aussi nécessaire à l’homme que le travail, la nourriture, le logement ou bien encore la santé.

Mais en plus d’être une condition indispensable à l’épanouissement de l’Homme, la Culture forge l’identité des pays, des villes et participe ainsi pleinement à l’attractivité économique et au rayonnement international d’un territoire. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la compétition que se livrent les métropoles européennes, la question culturelle se voit assigner un rôle de tout premier plan et ce, à double titre : d’une part une offre culturelle de qualité apparaît comme indispensable pour attirer les « cadres créatifs » qui semblent constituer l’oméga du développement urbain, d’autre part, des architectures emblématiques et de grands événements semblent aujourd’hui nécessaires pour attirer l’attention, créer du buzz et de l’attractivité touristique. La réussite de la Biennale Agora est un bel exemple.

Une quintuple mutation
Les politiques culturelles vont cependant devoir faire face à une quintuple mutation : économique car l’argent public est devenu rare, social avec un emploi artistique fragilisé, institutionnelle compte tenu de la réforme territoriale en cours, sociétale avec l’émergence de nouveaux modèles d’action culturelle transversaux et collaboratifs axés notamment sur le numérique, et enfin identitaire car la tentation d’un repli sur soi face à une mondialisation mal comprise n’a jamais été aussi forte.

Notre politique culturelle doit être réinterrogée à la lumière de ces mutations, voire de ces menaces que nous devons transformer en opportunités. Il ne faut pas répondre à la crise des financements par une logique de saupoudrage mais au contraire, renforcer la dynamique collective au profit des pôles d’excellences artistiques. C’est pour cette raison, notamment, que j’ai proposé à Alain Juppé de doter avant la fin de l’année la ville de Bordeaux d’un Document d’Orientation Culturelle capable d’analyser sereinement les forces et les faiblesses de notre offre culturelle afin de faire des choix et de les assumer.

Une bonne politique culturelle naît du dialogue entre l’impulsion politique et la totale liberté de création des acteurs. Nous politiques, n’ayons pas peur de la création, du neuf, de l’imagination, de l’invention. Attention à la rouille historique, les artistes travaillent avec des mains d’avenir !

Diversifier les sources de financement
Donner l’envie de Culture à tous les bordelais, dans tous les quartiers, soutenir les professionnels tout en portant attention aux amateurs, favoriser la création et l’innovation, encourager le croisement des disciplines, la mobilité des publics, développer des liens avec les entreprises culturelles, soutenir des institutions ouvertes sur la cité, créer de nouveaux lieux intermédiaires et collaboratifs, coordonner une politique évènementielle qui propose une offre 365 jours par an, permettre le rayonnement de nos talents à l’international… voici esquissées quelques orientations culturelles pour faire de Bordeaux une ville encore plus épanouissante et attractive.

L’enjeu est triple à mes yeux. Il nous faut d’une part bâtir de nouvelles relations institutionnelles avec la future Métropole et des collectivités locales réorganisées à la lumière d’une clarification des compétences. D’autre part, nous ne ferons pas l’économie d’une diversification des sources de financements afin d’attirer plus fortement encore le mécénat (notamment des PME) tout en encourageant les nouveaux dispositifs de financements participatifs. Enfin, les pouvoirs publics vont devoir faire preuve de pédagogie auprès des acteurs culturels pour encourager les dynamiques partenariales. Le temps où chaque entité pouvait disposer seule de son lieu, de son budget, de son personnel, de son matériel est, je le crains, révolu. L’heure est aux mutualisations, c’est notamment pour cette raison que j’ai réuni récemment mes 27 collègues et homologues des communes de la CUB.

Un logiciel à réinventer
Inventé par Malraux et poursuivit par Lang, notre système culturel est aujourd’hui à bout de souffle, c’est le logiciel tout entier qui doit être réinventé. J’ai la conviction que les villes et demain les Métropoles joueront un rôle de premier plan dans ce changement de paradigme. Nous avons un impérieux devoir de rénovation.

Cela passe tout d’abord par une défense sans concession du rôle de la Culture, surtout en temps de crise. A ceux qui déclarent qu’il y a trop peu d’étudiants ou de jeunes dans les théâtres, les orchestres, les musées, etc… (ce qui reste à prouver) je réponds : imagine-t-on quelqu’un trouvant qu’il y a trop de suffrage universel parce qu’il y aurait trop d’abstention ?

Dans un monde où on assiste à l’offensive de l’argent absolu, certains experts et comptables arrogants et glacés nous parlent toujours du coût de la Culture. Je ne répéterai jamais assez que ce n’est pas la Culture qui coûte cher mais bien l’absence de Culture.