Violence

Je suis frappé par la violence avec laquelle démarre cette campagne présidentielle. Une violence à la fois verbale, parfois physique et souvent sociale qui ne laisse rien préjuger de bon lorsque nous approcherons du sprint final. 
A trop flatter les vils instincts de l’être humain, on ne maîtrise plus rien. Je suis rarement pessimiste -et encore moins mystique- mais ce contexte me fait craindre un incident plus grave encore. Je ne sais pas dire lequel mais qui pensait possible, pour une bande de complotistes folkloriques, d’envahir le congrès américain ? C’est précisément au cœur de tensions électorales et politiques extrêmes que cet assaut contre une institution démocratique coûta la vie à 5 américains.

Les mots sont choisis pour diviser, blesser et surtout plaire aux réseaux sociaux, véritables caisses de résonnance. Ils deviennent des armes incontrôlables.

Les sondages, toujours plus nombreux, toujours plus volatiles, toujours plus utilisés telles des prophéties auto-réalisatrices « chauffent à blanc » les militants déjà excités de chaque camp, alors que nous sommes si loin de l’échéance. 

Le débat semble s’organiser autour d’une prime à l’excès. Et pour gagner des parts d’audience dans ce jeu dangereux, il faut aller toujours plus loin que l’adversaire.

Alors chacun y va.

Rétablir la peine de mort ?

Interdire les licenciements ?

Quitter l’Union Européenne ?

Quelles digues devront encore céder avant que vienne la désescalade ? Celle-ci sera-t-elle douce ou (très) brutale ?

A la fin de ce jeu, il n’y a que des perdants, la République en tête.  

Vous pourriez penser que ce billet d’humeur est écrit suite aux images du premier meeting d’Eric Zemmour. Elles sont choquantes, bien sûr. Mais en vérité, j’ai ce sentiment depuis déjà de nombreuses semaines. Je considère notamment que Jean-Luc Mélenchon a une responsabilité plus lourde et plus ancienne que les autres dans ce contexte inquiétant. Et je pense que les formules à l’emporte-pièce d’Éric Ciotti et Sandrine Rousseau ont ceci de commun qu’elles divisent le pays en groupes et sous-groupes prétendument non-égaux, elles opposent les français les uns aux autres, sans apporter aucune solution aux problèmes de notre temps. Cette stigmatisation est particulièrement brutale pour les personnes visées : elle génère une violence sourde et moins perceptible mais en réalité encore plus dangereuse si elle explose le moment venu.

Et pour terminer de justifier mon inquiétude, ce climat de violence émerge au moment précis où notre pays devra choisir son Président, au moment précis où il sera le plus exposé aux ingérences étrangères, notamment via les réseaux sociaux et les piratages divers. Ne soyons pas naïfs : qu’il s’agisse d’État-voyous ou d’entités terroristes, de telles tentatives existeront, comme en 2017, mais avec plus de force sans doute.  

Face à cela, je n’éprouve aucune résignation. Au contraire, ma motivation est intacte pour défendre les valeurs démocratiques. Mais vite, ressaisissons-nous.

 

 

Pendant que j’écris ce billet, j’apprends que Bernard Denis, maire MoDem de Saint-Côme-du-Mont, a été violemment agressé.

Dans la nuit du 6 au 7 décembre 2021, le domicile du maire a été la cible d’un incendie volontaire. Son appartenance politique, son soutien au gouvernement, sont les motifs affichés par les agresseurs (cf. photo qui illustre ce billet).

 

 

Reprendre le contrôle des éléments

Démocratie ne rime plus naturellement avec efficacité, progrès et liberté. C’est l’une des raisons qui nourrit la défiance de nos concitoyens à l’égard de la politique.

En 1989, lorsque tombe le mur de Berlin, la démocratie libérale triomphe du collectivisme autoritaire en promettant aux peuples deux avancées majeures : le respect des libertés individuelles et un Etat efficace. Finis les rationnements de nourriture, le système médical défaillant et les infrastructures moyenâgeuses. Pendant près de 30 ans, l’alliance de l’Etat de droit et de l’efficacité libérale triomphera du monde occidental et de la plupart des pays, bien que certains demeureront sous l’emprise d’un régime autoritaire.

Les Trente Glorieuses permettent une croissance sans limite, la réussite est accessible à tous. Le progrès technique est rapide et positif, la technologie fascine, elle est synonyme de confort de vie, de guérison face à la maladie, de rapidité dans les transports, de conquête de l’espace. Le démocrate de droite, de gauche ou du centre, semble encourager et maîtriser cette marche vers la modernité en faisant preuve de toujours plus d’efficacité, avec l’aide notoire de la révolution numérique. Au contraire, les régimes autoritaires sont accusés d’inefficacité, de gabegie, d’injustice et de corruption. L’ONU et l’OMC, bras armés de l’occident démocratique, les combattent par les règles commerciales et parfois mêmes par les armes. La chose est entendue, nous sommes les gentils.

Mais aujourd’hui, les démocraties doutent.
Dans « La crise de la culture », Hannah Arendt cite René Char : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. ». Autrement dit, nous naissons, nous vivons, nous héritons du monde sans que nous puissions jamais dire avec certitude si nos actes sont les bons. Cela génère du doute dans nos esprits, et c’est une bonne chose, en ce sens que nous nous remettons en cause. Mais une trop forte incertitude génère de la peur, de l’angoisse et le risque de lâcher la proie pour l’ombre.

Précisément, je crois que nous en sommes là : nous vivons une période d’immense incertitude, comme le monde en rencontre parfois lorsqu’il franchit les caps de son histoire. Et les avocats de l’autoritarisme en profitent, ils espèrent prendre leur revanche. Trump, Johnson, Erdogan, aidés par tous les mouvements complotistes et les fake-news qui pullulent sur les réseaux sociaux, se présentent comme des sauveurs capables de restaurer l’ordre et l’efficacité des politiques publiques.

La tentation est grande : 40% des français se disent séduits par l’arrivée d’un pouvoir plus autoritaire, au point que certains se demandent tout haut si nous ne devrions pas renoncer à un peu de nos libertés pour regagner en rigueur et en efficacité. La Russie de l’autocrate Poutine a son vaccin avant la France, des pays asiatiques plus habitués à l’ordre respectent mieux les gestes barrières que nous… certains pays autoritaires semblent mieux traverser l’époque que nos bonnes vieilles démocraties.

Pour lutter de toutes forces contre cette tentation populiste, nous devons d’abord accepter le constat : notre démocratie est fragilisée. Aidée par une abstention galopante, l’arrivée au pouvoir d’un mouvement autoritaire en France est plausible.

Nous nous demandons parfois comment restaurer la confiance, par où commencer ? J’ai acquis la conviction que nous devons redonner ses lettres de noblesse à la politique en refusant toute forme de résignation.
« Ce n’est pas possible », « on a toujours fait comme ça », « juridiquement c’est compliqué »… toutes ces formules (que j’ai moi aussi prononcées) insupportent nos concitoyens et elles nourissent ce sentiment d’impuissance qui gangrène nos démocraties.

Le politique doit reprendre le contrôle des éléments. Ne plus laisser le confort des habitudes ou le brio des experts dessiner notre avenir. Nous avons besoin d’élites, de science et de conseillers, mais à leur juste place, pas en lieu et place du décideur élu par le peuple. De ce point de vue, le Président Emmanuel Macron a pris une décision courageuse en refusant de reconfiner le pays. Il est en passe de réussir son pari et, immédiatement, sa côte de popularité s’en ressent positivement. C’est donc possible.

Je suis optimiste par choix. Je veux croire que cette période si sombre n’est qu’une transition lors de laquelle s’entrechoquent civilisations et spiritualités, avec fracas parfois, où la vérité n’existe plus, où prospère le populisme, mais que ce mal est nécessaire pour que puisse éclore une nouvelle époque dans laquelle la démocratie libérale retrouvera sa vitalité et sa modernité.

Bordeaux, 28 juin – 28 décembre : 6 mois pour rien

Après la victoire surprise de Pierre Hurmic, nous nous attendions tous, soutiens comme adversaires, à vivre une rupture politique profonde. D’une part, car son élection mit fin à 73 ans de continuité municipale à Bordeaux. D’autre part, en raison des 25 années de réflexion et de préparation qu’il passa dans l’opposition. Enfin, car son programme était suffisamment radical pour s’adjoindre le soutien du Parti Communiste ou de Génération.s. 

Nous sommes le 28 décembre, 6 mois se sont écoulés jour pour jour, c’est-à-dire une période suffisante pour se faire un avis, sans qu’il soit pour autant définitif. 

Même en faisant preuve objectivité et en tenant compte de la crise sanitaire que nous traversons, j’entends dorénavant les mêmes doutes et le même constat tout autour de moi : aucun souffle nouveau, aucun projet emblématique et tellement de maladresses… Les Bordelaises et les Bordelais, jusque-là bienveillants pour la plupart, commencent à percevoir la réalité et l’expriment.

Pour ma part, je résumerai ces 6 mois en 3 mots : renoncement, indigence et amateurisme.

Renoncement d’abord, la liste est longue : de vente du stade MATMUT et de démission du Président Longuépée il n’est plus question ; le moratoire sur les nouveaux projets immobiliers est devenu un simple droit d’inventaire sans interruption de travaux ; la promesse « 0 artificialisation des sols » n’est qu’un souvenir puisque le PLU (plan local d’urbanisme) n’a pas changé d’un iota et que 244 permis de construite ont été délivrés depuis l’élection du nouveau Maire ; les indemnités des élus ne « baisseront » que de 10% en cas d’absentéisme ; des décisions se prennent sans concertation (comme la mise en sens unique de la rue de Bègles et du cours de la Somme…) et les Conseils de quartier ne se réunissent plus, même virtuellement.

Bien sûr, quelques actions isolées ont été mises en œuvre comme le guichet unique pour accompagner les TPE ou bien encore la clôture de la concertation légale pour l’aménagement du site de La Jallère (des actions que nous avons d’ailleurs soutenues). La ville est péniblement administrée mais elle n’est pas gouvernée : aucune ambition nouvelle ne s’exprime, aucune vision d’ensemble n’est partagée.

Je suis d’ailleurs frappé par l’indigence et le manque de sérieux dont fait preuve cette nouvelle équipe municipale. Je prendrai 4 exemples emblématiques pour illustrer mon propos :

-Sécurité : pour beaucoup de Bordelaises et de Bordelais, la sécurité est la priorité majeure. Après avoir refusé un Conseil Municipal dédié à cette question, refusé d’étendre la vidéo-protection et refusé un débat sur l’armement de la Police Municipale, le Maire ne nous a toujours pas communiqué la liste exhaustive des mesures concrètes déployées pour garantir la sécurité de tous. D’ailleurs, aucun nouveau poste de policier municipal n’a été créé alors que nous en avions recruté 29 ces dernières années ;

-Végétalisation : alors que « Bordeaux Respire » promettait une véritable révolution végétale, Pierre Hurmic a annoncé la plantation de 1619 arbres seulement dans l’année à venir. Nous en proposions 3000 par an dans le plan canopée adopté en 2019 et la Métropole s’apprête à en planter 100 000 par an ! Manque d’ambition criant, même sur ce sujet pourtant si vert.

-Économie : l’expérimentation du dispositif « 0 chômeur de longue durée », présentée comme une mesure miracle, ne touchera que quelques dizaines (centaines ?) de personnes dans certains quartiers de Bordeaux, une réponse symbolique bien en deçà de l’enjeu. Parallèlement à cela, notre indispensable agence de développement économique « Invest in Bordeaux », malgré un bilan remarquable et salué de tous, est déstabilisée par une réduction budgétaire, au point que son Président décide de démissionner ;

-Immobilier : je me suis déjà longuement exprimé sur le gadget que représente l’encadrement des loyers qui a prouvé son inefficacité à toutes les époques et dans plusieurs villes ;

L’impréparation de la nouvelle équipe explique sans doute l’amateurisme qui entoure l’action municipale depuis 6 mois. Si l’on pense tous à la suppression du sapin de Noël et la polémique qui suivit, cette bourde est loin d’être isolée. Ajoutons : le tweet irrespectueux de Pierre Hurmic en « hommage » à Jacques Chaban-Delmas ; le vote du budget décalé à mars 2021 et des associations privées d’avance sur leur subvention ; des travaux sur le restaurant « Le 4ème mur » qui défigurent le Grand Théâtre; la perte du sommet Afrique-France parti à Montpellier ; dernièrement, la lettre infantilisante du Maire aux habitants de plus de 60 ans a provoqué un véritable tollé…

Comme je le disais plus haut, les Bordelaises et les Bordelais commencent à percevoir cette situation et plus encore le style du nouveau Maire, provocateur, agressif parfois, maladroit systématiquement et plus à l’aise pour nous dire ce qu’il ne va pas faire que ce qu’il va faire.

Face à cette insatisfaction montante, la crise sanitaire est une justification récurrente dans la bouche du Maire. Il y a une part de vérité mais il force le trait. Bientôt, il expliquera, malgré les évidences, que la situation financière de la ville est mauvaise. Bref, ce n’est jamais sa faute. Pourtant, les faits sont têtus : récemment, jamais un Maire de Bordeaux n’a eu autant de pouvoir. Mairie, Métropole (sans cogestion), Département et Région : Pierre Hurmic et ses amis ont tous les leviers.

Ce bilan à 6 mois, ce sont les acteurs de la ville, dont certains soutenaient Pierre Hurmic, qui en parlent le mieux :  le collectif Trans’Cub se sent trahie par la nouvelle équipe municipale et métropolitaine ; Philippe Barre, patron de Darwin dénonce des promesses non tenues de la part de Pierre Hurmic, notamment en matière d’urbanisme ; les Ultra pestent contre « l’absence totale de fiabilité et de cohérence » de la Mairie au sujet des Girondins…

Certains me trouveront sans doute trop sévère. Croyez bien que j’espère me tromper, je suis cependant très inquiet pour le devenir de notre ville. Petit à petit, et de manière presque indolore, cette nouvelle gouvernance municipale a une conséquence majeure : notre ville se replie sur elle-même, gouvernée par une idéologie qui promeut la décroissance et l’isolement. Cette trajectoire est celle du déclin, et elle est profondément contraire à l’histoire et à l’âme de Bordeaux.

Parfois, il vaut mieux se taire

Vingt ans après sa mort, nous rendons hommage à Jacques Chaban-Delmas, résistant, homme d’Etat visionnaire, Maire de Bordeaux bâtisseur. L’empreinte qu’il laisse sur notre ville est encore profonde et visible.

Dans ce concert unanime d’hommages rendus de l’Assemblée Nationale jusqu’à Ascain, un seul fait tâche, celui du Maire écologiste de Bordeaux qui a twitté : « Hommage à Jacques Chaban-Delmas mort ce jour il y a 20 ans. Il a marqué l’histoire : celle de la Résistance, celle de la France, celle de Bordeaux où il a régné 48 ans. Aujourd’hui, les citoyens veulent des maires à plein-temps, qui ne cumulent plus ni dans le temps ni dans l’instant ».

« Déplacé », « indigne », « honteux », « misérable »… les réactions sont unanimes sur la toile : personne ne comprend cette pique stupide à l’égard d’un si grand homme. Pour ma part, je ne pensais pas cela possible, jusqu’à hier soir.

Comment le Maire de Bordeaux peut-il décemment se comparer à « Chaban » ?

Plus grave : comment peut-il comparer des époques incomparables où la question du cumul des mandats n’existait pas ? Et puis Pierre Hurmic n’est-il pas élu « dans le temps », depuis 25 ans ?

Quelle sorte d’homme politique en tacle un autre, disparu il y a 20 ans, le jour de l’anniversaire de sa mort ?

Pourquoi diviser ainsi nos concitoyens alors que nous traversons une période si difficile ? Nous avons besoin d’esprit de rassemblement, comme Chaban savait si bien faire, et non d’une nouvelle polémique.

Outre la colère que cette réaction déplacée génère chez beaucoup d’entre nous, elle nous révèle que l’éternel opposant écologiste n’a toujours pas fait sa mue et qu’il préfère la polémique à l’apaisement.

Rien n’autorisait le Maire de Bordeaux à tenir de tels propos. J’ai honte.

L’exigence des actes

Après l’horreur et la colère, le recueillement.

Après le recueillement, l’appel aux actes.

La vague d’émotion qui traverse la France est grande mais cette fois, les françaises et les français exigent des actes. C’est la raison pour laquelle il faut saluer la réaction rapide du Gouvernement.

Dès le 2 octobre dernier, le Président de la République avait fermement dénoncé l’inacceptable dans un discours marquant. Une loi pour lutter contre le séparatisme sera bientôt débattue au Parlement. Mais comment agir ? Par où commencer ?

D’abord, il faut dire qu’aucune la loi ne pourra jamais empêcher l’acte isolé d’un déséquilibré ou d’un fanatique. Le terrorisme est une forme d’insurrection que le droit ne pourra jamais totalement empêcher. Ce n’est pas de la résignation mais de la lucidité. Aussi grande que soit l’émotion actuelle, il nous faut résister collectivement à la tentation de « trop en faire ». Rien ne serait pire des paroles qui s’envolent encore.

Ensuite, il faut faire appliquer les lois actuelles. L’expulsion de centaines d’extrémistes annoncée par le Ministre Gérald Darmanin va dans ce sens. Dans la continuité de cette décision, des lieux et des associations (islamistes mais pas seulement, d’autres formes de sectarisme prospèrent aujourd’hui en France…) doivent être fermés. En France, toutes les doctrines ou croyances contraires aux valeurs de la République doivent être interdites.

Enfin, face aux dérives d’un monde qui n’est plus celui de 1905, la loi sur la laïcité doit changer ou être complétée.  Il faut s’attaquer aux racines du mal, là où il prospère dangereusement, en protégeant l’école et en assainissant les réseaux sociaux.

A l’école de la République, la laïcité doit être strictement respectée. Si un enfant refuse d’entrer dans un édifice religieux dans le cadre d’une sortie scolaire, si une petite fille est interdite de piscine car elle ne doit pas se dévêtir devant les garçons, si un parent se plaint injustement d’un enseignement (tous ces exemples sont tirés de faits réels), alors la communauté éducative ne doit pas être seule pour faire face. La loi doit ouvrir la possibilité d’un signalement et d’une convocation immédiate de la famille par les autorités pour un rappel à la loi (suivi éventuellement de sanctions plus fermes en cas de récidive).

Sur les réseaux sociaux, l’anonymat est un poison. Je plaide depuis longtemps pour que l’ouverture d’un compte soit conditionnée à la justification d’une identité. De plus, il n’est pas acceptable qu’un message manifestement illégal ne soit retiré qu’après 4 à 6 mois de procédure judiciaire. La loi doit imposer aux opérateurs une réactivité beaucoup plus grande sous peine de pénalités sonnantes et trébuchantes.

Certains trouveront ces deux propositions utopiques. Je crois au contraire qu’elles sont absolument réalistes et surtout indispensables pour agir à long terme et non réagir au coup par coup. Nous avons bien réussi à quasiment éradiquer la pédo-pornographique du web, avec de la volonté… Aucune loi ne sera totalement efficace si les réseaux sociaux demeurent une zone de non-droit où l’on piétine les valeurs de la République sans être inquiété.

Ces propositions qui concernent l’école et le web sont bien sûr largement incomplètes face à l’ampleur de la tâche. Mais elles me semblent correspondre à des priorités évidentes.

Contrastes en Avignon

Avignon me laisse toujours sur ma faim.

J’ai plaisir à me rendre au Festival, moins à demeurer dans la ville tout particulièrement durant le mois de juillet car, à la chaleur suffocante, s’ajoute une écrasante marée humaine qui reflue dans toutes les rues de la cité papale provoquant de véritables embouteillages de piétons. Avignon est encombrée, trop petite pour accueillir tant de monde.

La ville médiévale, autour du majestueux rocher des doms, provoque toujours chez moi autant d’admiration. Hélas, face à cette prouesse architecturale unique au monde, il suffit de tourner la tête pour apercevoir un bout de ville hideux des années 60 ou 70. Avignon regorge de ces verrues !

Les remparts qui ceinturent la ville, presque tous intacts, forment un exemple exceptionnel d’architecture militaire dont on peut admirer l’harmonie, à condition de faire abstraction de leur mauvais état de « conservation »…

Le festival IN est incontournable. Il y a du bon et du moins bon, mais sa programmation a du sens grâce au travail engagé d’Olivier Py.

Mettre en scène l’horreur peut encore avoir du sens pour pacifier la société. Voici ce que nous rappelle Thomas Jolly, qui occupe magistralement la cour du palais des papes avec Thyeste de Sénèque. La brutalité de cette tragédie est sans limite. L’engrenage de la vengeance provoque toujours plus de haine et de violence, jusqu’à la fin de la pièce où cette sentence, véritable appel à la tolérance, ramène le calme : « Une seule chose peut nous rendre la paix ; c’est un traité d’indulgence mutuelle ». Tellement d’actualité…

Dans le superbe cloître des célestins, François Chaignaud, en collaboration avec Nino Laisné, multiplie les transformations, du soldat à la gitane, dans Romances Inciertos, un autre Orlando. Du masculin au féminin, sur une musique baroque espagnole tantôt entraînante, tantôt triste, le performeur envoûte son public grâce à sa tessiture vocale exceptionnellement ample.

Après Les Damnés en 2016, Ivo Van Hove revient avec un drame sombre et superbe : De Dingen Die Voorbijgaan. Des acteurs incroyables vous tiennent en haleine pendant 2h en restituant à la perfection l’atmosphère étouffante d’une famille hantée par d’horribles secrets, que seule la mort viendra révéler. Sous l’œil d’une horloge qui égrène le temps, comme une inéluctable course…

Passage obligé et véritable plaisir : Méduse par le collectif bordelais Les Bâtards dorés formé à l’Ecole Supérieure de Théâtre de Bordeaux Aquitaine. Cette pièce, créée à La Manufacture Atlantique avec le soutien de la ville de Bordeaux, revient sur le naufrage de la Méduse et le procès qui suivit. Le public, qui participe de/à la mise en scène, est face à un drame humain, sur fond de conquête coloniale. Les Bâtards dorés posent au centre du plateau l’essence des rapports humains. Entre morale et instinct de survie, souhaitons-nous de ne jamais se retrouver face à de tels choix !

Depuis le début des années 2000, le festival OFF n’est plus l’appendice du IN mais un évènement à part entière qui annonce fièrement 1300 spectacles dans plus de 100 lieux. Une politique du chiffre, sans cohérence, qui peine à convaincre ; un agenda dans lequel on trouve à boire et à manger. Bien sûr, des spectacles de qualité sont présentés mais, pour une compagnie révélée dans le OFF, combien sont exploitées par des loueurs de garages (à prix d’or !) devenus théâtres le temps d’un festival ? Sur des plateaux improvisés, de 9h à 23h, se succèdent des équipes en autoproduction, qui passent la journée dans la rue pour attirer les clients. Le plus souvent, l’épuisement est visible sur leurs visages. Beaucoup repartiront avec des dettes, faute de recettes suffisantes pour payer le théâtre. Au fond, je ne crois pas qu’une manifestation culturelle ait aussi bien singé le libéralisme sauvage…

Et que dire de ces tonnes d’affiches de spectacles et de prospectus qui envahissent les rues et toutes les façades, y compris les plus belles ? L’art a bon dos, surtout lorsqu’il s’agit de camoufler une intense activité lucrative.

Je repars avec un sentiment de trop plein. Pourtant, j’y retournerai l’an prochain avec l’appétit de la découverte.

Poésie du quotidien

Ces derniers mois, ils sont comme des papillons qui volent et s’envolent autour de moi. Ils ont fini par s’immiscer un peu partout dans mes carnets de notes, dans mes dossiers, au fond d’une poche intérieure de veste, dans mon porte cartes…
Ces petits bouts de papier, découpés ou recopiés, sont des poésies complètes ou extraites, sans véritable logique, au gré des envies et des rencontres du quotidien.

Lire de la poésie ne demande aucun pré requis.
Il suffit de laisser glisser ses yeux sur des lignes de mots plus ou moins régulières, sans rien rechercher de logique ou d’attendu.
Reposant. Apaisant. A mille lieux du lot d’interminables notes que l’activité municipale me livre quotidiennement.
En politique, une actualité chasse l’autre.
Au contraire, jamais l’empreinte d’une poésie ne disparaît complètement, même des mois après, dès lors que vous avez pris le temps de la découvrir.

On ne comprend bien un poème qu’en l’apprenant.
En le survolant, la magie des mots n’opère que légèrement.
Lire et relire permet de ressentir l’émotion.
Mais, seule la répétition propre à l’apprentissage donne à ressentir, corps et esprit unis, la puissance chantante des mots du poète.

Ecoutez-vous prononcer ces vers et ressentez :

– « Pâle dans son lit vert ou la lumière pleut » (Le dormeur du Val, Arthur Rimbaud). Cet alexandrin magnifique d’Arthur Rimbaud, par l’allitération des L, nous fait sentir l’humidité et la rosée autour du soldat blême.

– « Nous étions là mourant de la mort des étoiles » (Il est grand temps de rallumer les étoiles, Guillaume Apollinaire). Le rythme saccadé d’Apollinaire et le grondement du R font ressurgir intérieurement le chaos des bombardements de la Grande Guerre.

Villon, Mallarmé, Baudelaire, Verlaine… tant d’étoiles que j’observe en tentant d’en percer les mystères.

Les vides de mon quotidien marchant dans une rue, rêvant par la fenêtre d’un tramway, distrait en réunion, ne le sont plus vraiment. Lire et réciter intérieurement des poésies est devenu mon petit rituel, de plus en plus difficile à garder intime tant mes papillons s’envolent un peu partout pour, peut-être, de nouvelles idylles.
Volez !

Élection présidentielle : défendons la liberté d’expression

L’élection du Président de la République est la clef de voute de notre démocratie. Son fonctionnement a été pesé et pensé par le Général de Gaulle afin de donner un régime stable à la France. Elle se déroule donc en vertu du scrutin uninominal à 2 tours avec un principe majeur : au 1er tour, chaque sensibilité politique s’exprime ; au 2d tour, on se rassemble. Cette règle fondatrice semble aujourd’hui remise en cause par un contexte particulier, ce que je trouve, pour ma part, très inquiétant.

D’abord les Primaires sont venues dénaturer ce principe en proposant de confier le choix du candidat à un camp alors que précisément, le 1er tour doit permettre de départager les deux finalistes.

Mais le plus grave se produit aujourd’hui sous nos yeux. Jean-Luc Mélanchon et Benoit Hamon discutent “le bout de gras” pour savoir s’ils peuvent s’allier, François Bayrou est sommé manu militari de se ranger derrière Emmanuel Macron… Tout ça au nom du vote utile : une seule place est libre au 2d tour, aux côtés de Marine Le Pen.

Je dénonce avec force cette dérive insidieuse, condamnable au moins pour 3 raisons.

D’une part, quel fatalisme face à l’extrême droite ! Les mêmes qui nous expliquent à grands renforts de formules assassines qu’il faut combattre le parti de la haine ont qualifié d’office Marine Le Pen, si ce n’est dans les urnes, tout du moins (et c’est probablement pire) dans les esprits. Arrêtons-là cette fiction et donnons-nous les moyens d’agir contre la diffusion des thèses du FN en commençant par refuser toute fatalité.

D’autre part, rappelons-nous que le vote utile est un artefact inventé par les grands partis majoritaires pour séduire et museler les sensibilités politiques. Il s’agit alors de rafler la mise dès le premier tour. Le modéré que je suis défend une toute autre conception du droit de suffrage, celle d’une juste représentation de toutes les idées au 1er tour.

Enfin, alors que notre démocratie est malade et que de moins en moins de français se déplacent pour aller voter, ce n’est pas en réduisant le champ des expressions politiques que l’on fera diminuer l’abstention. C’est même précisément l’inverse qu’il conviendrait de faire (en injectant, par exemple, une dose de proportionnelle aux élections législatives).

Nous devons défendre le pluralisme politique et la liberté d’expression, deux conditions d’existence de la démocratie, et dénoncer les jeux de “billard à 3 bandes” qui les menacent. En mai prochain, au 1er tour, n’en déplaise aux sondeurs et aux calculateurs, je voterai pour le candidat qui sera le plus proche de mes convictions.