J’ai longtemps cru que le plus important en politique, c’était de gagner des élections
pour mettre en œuvre ses idées. Je crois dorénavant que gagner ou perdre, ce n’est
pas l’essentiel. Les citoyens ne reprochent pas aux responsables politiques de
perdre. Ils leur reprochent surtout de ne plus savoir pourquoi ils se battent.
Rester fidèle à ce que l’on est, à son histoire et à ses valeurs, voici la vertu
cardinale lorsque l’on s’engage dans la vie publique.
J’aime la définition de l’homme politique que donne Pierre Mendès France : en tout
temps, dire ce que l’on croit être bon pour le pays et, quel que soit son rôle, tout
mettre en œuvre pour le réaliser. Cette exigence de sincérité, de cohérence et de
courage devrait être la boussole de toute action publique.
Or, depuis quelques jours, une idée progresse : celle d’« alliances techniques » entre
LFI et des maires écologistes « au cas par cas » conclues non pas pour porter un
projet, non pas pour servir une vision, mais simplement pour sauver des postes.
Autrement dit : s’entendre pour conserver le pouvoir, quitte à renier ses convictions.
C’est sans doute la plus grande magouille jamais imaginée pour des élections
municipales !

Arrangements durables entre « amis »

Soyons clairs : la politique est faite de compromis. Elle suppose des majorités, des
convergences, des accords. Rien de plus normal dans une démocratie vivante. Mais
il existe une frontière essentielle entre le compromis qui permet d’agir et
l’arrangement qui permet seulement de durer.
Une alliance qui repose sur un projet partagé, sur des priorités communes, sur une
vision de l’intérêt général, peut être légitime. Or Pierre Hurmic et LFI n’ont cessé de
s’opposer ici à Bordeaux sur à peu près tous les sujets.
Une alliance de ces deux gauches reposerait uniquement sur la peur de perdre, sur
l’angoisse du verdict des urnes, ou sur la volonté de préserver des positions
acquises.
Dans ce cas, ce n’est plus la démocratie qui guide l’action.
C’est la stratégie.
Ce n’est plus l’intérêt général qui structure les choix.
C’est la survie personnelle ou partisane.

Dangereux brouillard

Ces « alliances techniques » ont un autre effet, plus pernicieux encore : elles
brouillent totalement les repères politiques des citoyens. Comment expliquer à un
électeur que l’on combat depuis des années un courant politique… pour finalement
s’entendre avec lui le moment venu ? Colère légitime.

À force d’organiser des coalitions sans cohérence, on alimente le sentiment que tout
se vaut et que tout se négocie.
C’est ainsi que progresse la défiance.
C’est ainsi que s’installe l’abstention.
C’est ainsi que se nourrit la colère démocratique.
Il existe une forme de dignité à accepter le verdict des urnes.
Refuser cela, c’est prendre le risque de transformer la politique en simple technique
de maintien au pouvoir.
Alors certes, gagner c’est important. Mais il vaut toujours mieux perdre une élection
que perdre son âme en politique.

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