Cette semaine, Pierre Hurmic a annoncé la création d’une brigade anti-incivilités. L’objectif affiché ? Lutter contre les nuisances qui empoisonnent le quotidien des Bordelais : dépôts sauvages, nuisances sonores, non-respect des règles d’hygiène et de tranquillité publique. Une annonce qui, sur le papier, pourrait sembler bienvenue si elle n’était pas un énième coup de communication. Car cette brigade… existe déjà depuis plus de 12 ans !

Une brigade déjà en place depuis 2013

En 2013, sous la mandature d’Alain Juppé, la Brigade de Prévention et de Lutte contre les Incivilités (BPLI) a été mise en place avec des missions très claires : contrôler les commerces, sanctionner les incivilités de la population marginale, lutter contre les nuisances liées à la vente d’alcool et aux comportements irrespectueux dans l’espace public. Chaque année, cette brigade effectuait des milliers d’interventions, dressait des centaines de procès-verbaux et menait des opérations conjointes avec la Police nationale et Keolis.

Les chiffres des 3 premières années de la brigade démontrent une activité dense et continue, qui a pourtant été reléguée au second plan par l’actuelle municipalité :

  • En 2013 : 119 contrôles de commerces en 2013, 235 infractions relevées,
  • En 2014 : 406 interventions avec Keolis, 566 interventions contre les nuisances dans les commerces139 procès-verbaux pour infractions245 interventions pour troubles à l’ordre public
  • En 2015 : 2398 interventions sur les incivilités de la population marginale, 663 procès-verbaux pour consommation/transport d’alcool sur la voie publique, 1123 infractions relevées et 279 procès-verbaux dressés cette même année.

Une brigade efficace, ancrée dans la politique municipale de prévention et de tranquillité publique.

Une suppression déguisée en résurrection

Preuve de son existence continue, la BPLI figurait déjà dans le Schéma de Prévention et de Lutte contre la Délinquance présenté en 2017 par ma collègue Alexandra Siarri, adjointe au maire à l’époque en charge de la prévention. Ce document officialisait son rôle dans la politique de tranquillité publique de Bordeaux et confirmait l’impact de ses actions sur le terrain. Cette brigade n’a donc jamais cessé d’exister, malgré la volonté de l’actuelle majorité de la reléguer dans l’ombre.

Effectivement, pendant plus de trois ans, cette équipe a été progressivement mise de côté par la municipalité écologiste, au point de devenir quasi-invisible. Moins de moyens, moins de présence sur le terrain, et un choix assumé de ne pas faire de la lutte contre les incivilités une priorité.

Alors, pourquoi la présenter comme une nouveauté ? La réponse est simple : Pierre Hurmic nous rejoue la partition du maire « réactif », à la rescousse d’une ville qu’il a lui-même contribué à abandonner face aux incivilités.

Une nouvelle façon de créer l’illusion d’une action forte pour masquer le manque de résultats.

Des moyens insuffisants et une direction introuvable

Outre cette réécriture de l’histoire municipale, une autre question demeure : comment cette brigade, annoncée comme « nouvelle », pourra-t-elle fonctionner avec une dizaine d’agents seulement ? Avec un effectif réduit et des moyens limités, comment croire que la situation changera radicalement ?

Pire encore, cette brigade cherche encore… son chef ! Lancée en grande pompe, elle peine à recruter un responsable capable de coordonner ses actions. Comment espérer lutter efficacement contre les incivilités si, plusieurs semaines après son annonce, cette structure est toujours incomplète et mal organisée ?

Les incivilités à Bordeaux ne se résoudront pas par un simple changement de nom et une communication bien rodée. Elles nécessitent une véritable stratégie, incluant des moyens humains renforcés, une collaboration étroite avec la police nationale et un volet éducatif ambitieux pour prévenir ces comportements en amont. Ce n’est pas avec une annonce opportuniste que la tranquillité publique reviendra dans notre ville.

Un maire à court d’idées, une ville qui s’abîme

Cette fausse nouveauté s’inscrit dans un schéma bien rodé : celui d’une municipalité qui, faute de résultats, recycle des mesures déjà existantes pour donner l’illusion du mouvement.

Rappelons-nous :

  • Après avoir supprimé les illuminations de Noël, la mairie les a réintroduites en fanfare.
  • Après avoir laissé les marchés de plein air se détériorer, elle fait mine de vouloir les « repenser ».
  • Après avoir annoncé une politique culturelle participative en 2020, elle oublie que sous Alain Juppé et Nicolas Florian, le Document d’Orientation Culturelle (DOC) était déjà co-construit avec les acteurs du secteur.
  • Les budgets participatifs, présentés comme une grande nouveauté en 2021, existaient déjà depuis 2019 sous Nicolas Florian avec une enveloppe de 2,5 millions d’euros.
  • Même scénario avec les opérations de nettoyage citoyen : la mairie lance en grande pompe les « 3cleanwalk » alors qu’Alain Juppé avait déjà mis en place des journées de grand nettoyage comme « La Bastide fait sa belle » ou « Opération Quartier Propre à Ginko » dès 2017.
  • Idem pour les espaces sans tabac, promus en 2021 alors qu’ils avaient été initiés dès 2015 par Alain Juppé.

Aujourd’hui, c’est au tour de la BPLI d’être opportunément rebaptisée.

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